En bref
- Des poils fins pourraient déclencher certaines démangeaisons
- Des neurones précis ont été repérés chez la souris
- Une cible possible contre le prurit chronique
On connaît bien la démangeaison comme réflexe banal. Cette fois, l’enjeu est plus large. Une étude publiée dans Neuron avance que certaines formes de démangeaisons pourraient reposer sur un véritable dispositif sensoriel dédié, repéré chez la souris, avec à la clé une possible nouvelle piste contre le prurit chronique.
Les biologistes de l’Université du Michigan se sont intéressés à un angle moins étudié que le contact direct avec un irritant, la démangeaison déclenchée par le mouvement des poils. En clair, ce que provoque un frottement très léger, un peu comme un cheveu qui chatouille ou un fin duvet déplacé à la surface de la peau.
Une piste de plus contre le prurit chronique
L’idée centrale est simple. Le besoin de se gratter n’est peut-être pas seulement une réponse diffuse de la peau, mais aussi un signal porté par des structures spécialisées. Les chercheurs parlent de poils de type duvet, semblables aux poils velléitaires, associés à des terminaisons nerveuses capables de transmettre très vite une sensation de démangeaison après un contact léger.
Chez l’humain, ces poils très fins, souvent appelés duvet, couvrent presque tout le corps. Ils se retrouvent justement dans des zones de peau très exposées. Ils aident déjà à réguler la température, en se hérissant quand il fait froid et en facilitant l’évacuation de la sueur quand il fait chaud.
Ces poils très fins ne servent pas qu’à la température
L’étude rappelle qu’ils semblent aussi impliqués dans certaines sensations tactiles. Les auteurs citent un exemple parlant, la légère vibration de ce duvet au niveau du menton peut provoquer chez des sujets sains une démangeaison intense, davantage que sur d’autres zones comme le front, le visage ou les bras.
Résultat, l’hypothèse d’une structure spécialisée pour cette démangeaison mécanique, déclenchée par le contact du poil lui-même.
Chez la souris, un circuit nerveux semble bien identifié
Pour aller plus loin, l’équipe a travaillé sur la souris. Ces poils de type duvet y poussent surtout derrière les oreilles et sur les pattes arrière, deux zones particulièrement exposées. Les expériences montrent que chacun de ces poils est relié à une catégorie précise de neurones sensoriels à conduction rapide.
Quand une inflammation chronique de la peau touchait ces zones, ces neurones s’activaient fortement et les souris se grattaient visiblement. Mais lorsque les gènes qui activent cette population de neurones étaient désactivés, l’inflammation n’était plus perçue comme une démangeaison.
Pourquoi cette découverte pourrait aussi compter pour l’humain
Évidemment, ce qui fonctionne chez la souris ne se transpose pas automatiquement à l’humain. Mais les chercheurs rappellent que nos deux espèces partagent une histoire évolutive récente, ce qui laisse souvent un bon recouvrement biologique.
Le biologiste moléculaire Bo Duan estime qu’il faut une nouvelle voie à cibler pour traiter le prurit chronique, et que cette population de neurones pourrait devenir une cible à l’avenir. Si ce parallèle se confirme, le modèle murin pourrait aider à tester de futurs traitements contre des démangeaisons liées à l’eczéma, aux piqûres d’insectes ou à l’exposition au sumac vénéneux. Et là, on sort du simple inconfort.