Pourquoi le chèque recule en France sans avoir dit son dernier mot

Encore très utilisé en France, le chèque perd du terrain. Fraude, coûts et refus des commerçants accélèrent un basculement déjà engagé.

Chèque déchiré face à un terminal de paiement
Image d'illustration. Le chèque recule, sans disparaître encore. — ADN

En bref

  • Le chèque chute depuis 2018 en France
  • Fraude et coûts pèsent lourd
  • Les paiements numériques gagnent du terrain

En France, le chèque n’a pas disparu, loin de là. Mais la tendance est nette. D’après la Banque de France, 674 millions de formules ont encore été signées l’an dernier, malgré une chute de 61 % depuis 2018.

Le recul s’accélère même depuis plusieurs années. La baisse moyenne atteint 13 % par an, avec un vrai trou d’air en 2020, quand la crise sanitaire a provoqué un décrochage de 26 %. Ce niveau n’a jamais été retrouvé. On voit donc un moyen de paiement encore très présent, mais de moins en moins central dans les usages quotidiens.

Un usage qui baisse, mais pas encore marginal

Le cas français reste à part. Dans plusieurs pays, le virage est déjà acté depuis longtemps. L’Australie prévoit ainsi la fin définitive du chèque d’ici la mi-2028, après être tombée à 0,1 % des paiements hors espèces. La Finlande et le Danemark ont déjà franchi ce cap.

En France, la transition avance plus lentement. La raison tient en grande partie au cadre légal. Les banques n’ont pas le droit de facturer aux particuliers l’émission ou le traitement de ces formules, rappelle MoneyVox. Cette gratuité continue de séduire une partie du public, surtout les personnes peu à l’aise avec les outils numériques ou celles qui y recourent pour certains paiements bien précis.

Commerçants et banques n’y voient plus leur intérêt

Sur le terrain, le mouvement est pourtant clair. Dans les commerces de proximité comme dans les grandes enseignes, payer par chèque devient plus compliqué. Beaucoup refusent ce mode de règlement à cause des impayés possibles et des délais d’encaissement.

Pour les banques, l’équation n’est pas meilleure. Le traitement d’un titre papier coûte, selon les estimations du secteur, environ 50 fois plus cher qu’un virement électronique ou un paiement par carte. À cela s’ajoute l’absence de contrôle du solde en temps réel, qui peut exposer certains usagers fragiles à une interdiction bancaire.

La fraude pousse à accélérer la transition

L’autre point noir, c’est la fraude. L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement indique que le chèque concentre 19 % des montants fraudés hors cash, alors qu’il ne représente que 1,9 % des transactions. L’écart parle de lui-même.

Les banques doivent donc déployer des solutions jugées plus sûres, comme Wero ou le virement instantané. La stratégie suivie passe aussi par un retrait progressif des chèques dans les services publics et chez les néobanques. Pas de disparition brutale pour l’instant, mais le sens de circulation est fixé.

Jérôme Nelra

Spécialiste Économie

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