L’Ofast alerte sur l’explosion du trafic de cocaïne, surnommé « tsunami blanc »

Image d'illustration. Gros plan d une pochette transparente contenant de la poudre blancheADN
L’Office antistupéfiants (Ofast) alerte sur l’ampleur inédite du trafic de cocaïne en France, marqué par une explosion des saisies et l’apparition de nouvelles pratiques, telles que la location d’appartements dédiés à la consommation de drogue.
Tl;dr
- Le narcotrafic touche désormais tout le territoire français.
- Le marché de la cocaïne explose, alimenté par une production record.
- Les trafiquants innovent, digitalisent et diversifient leurs méthodes.
Un territoire sous l’emprise du narcotrafic
Le dernier rapport de l’OFAST (L’office anti-stupéfiants) révèle une situation préoccupante : la France n’est plus épargnée par le phénomène du narcotrafic, qui s’étend désormais sur l’ensemble du territoire.
Autrefois cantonné à certaines zones urbaines, le trafic de stupéfiants se généralise, au point que ses auteurs évoquent une « France sans zone blanche » – non pas en référence à la téléphonie mobile, mais bien à la diffusion des réseaux criminels. Le pays fait face à un véritable « tsunami blanc » de cocaïne, alimenté par une augmentation spectaculaire de la production mondiale.
Cocaïne : explosion de l’offre et adaptation des réseaux
La dynamique observée est sans équivoque. Portée par la baisse continue du prix du gramme – passé de 70 à 58 euros en cinq ans –, la consommation de cocaïne séduit un public élargi : près de 3,7 millions d’« expérimentateurs » et 1,1 million d’usagers annuels selon l’OFDT.
Cette démocratisation accompagne une hausse inédite des saisies : 58 tonnes interceptées en France l’an dernier, contre seulement 23 tonnes en 2023. Ce phénomène reflète directement les mutations du marché international : la seule Colombie, championne mondiale, a produit 2 700 tonnes en 2023 (+50 % en un an), tandis que des pays voisins tels que le Mexique, le Venezuela, ou encore le Guatemala, prennent leur part dans cet essor.
Au fil des années, les filières d’importation ne cessent d’innover pour contourner la vigilance policière et faire transiter leur marchandise vers l’Europe. Dans cette chaîne logistique illicite, la France s’impose comme une porte d’entrée stratégique.
L’économie souterraine et ses visages multiples
À ce jour, plus de 240 000 personnes participeraient directement ou indirectement au trafic de drogue dans l’Hexagone, générant un chiffre d’affaires estimé à 7 milliards d’euros selon l’OFAST. Quelques organisations dominent le haut du pavé : moins de dix structures contrôleraient ainsi l’essentiel des importations de cocaïne, opérant avec environ 5 000 semi-grossistes. La main-d’œuvre se déploie partout et entraîne dans son sillage une augmentation des violences : en 2024, on recense déjà 367 assassinats ou tentatives liés aux rivalités entre trafiquants dans 173 villes françaises.
Face à ces enjeux, les forces de l’ordre ont démantelé près de 1 400 points de vente depuis 2020. Mais chaque avancée appelle une riposte : digitalisation croissante du commerce illicite via réseaux sociaux ou applications chiffrées pour fidéliser clients et recruter « petites mains », recours accru à la livraison à domicile, location temporaire d’appartements (« airbnbeuh ») ou boîtes à clefs pour sécuriser les transactions.
Nouvelles stratégies et signaux préoccupants
L’évolution ne se limite pas au marché de la cocaïne. Les importations de marijuana gagnent en diversité grâce aux légalisations progressives ailleurs dans le monde : herbes canadiennes ou thaïlandaises apparaissent désormais lors des saisies françaises.
Enfin – signe inédit – certains groupes affichent désormais ouvertement leur présence auprès des habitants ou même des autorités locales. À Marseille, la DZ Mafia s’est ainsi exprimée dans une vidéo style FLNC pour dénoncer une bavure présumée ; ailleurs, certains trafiquants vont jusqu’à proposer des services (fournitures scolaires ou bricolage) afin d’amadouer les riverains impactés par leurs activités. Une normalisation qui inquiète autant qu’elle interroge sur les moyens à mobiliser face à ce fléau contemporain.