L’IGF épingle sévèrement l’Ordre des médecins pour ses dépenses et sa gestion contestée

Image d'illustration. Gros plan stéthoscope sur bureau médecinADN
L’Inspection générale des finances pointe du doigt de nombreuses dérives au sein de l’Ordre des médecins, évoquant des dépenses jugées excessives, telles que la construction d’une piscine ou des frais de taxi, ainsi que des lacunes dans la gestion de l’institution.
Tl;dr
- Gestion financière de l’Ordre des médecins sévèrement critiquée.
- Dépenses injustifiées et suivi disciplinaire jugé défaillant.
- L’IGF recommande une réforme profonde et un contrôle accru.
Une gestion mise à mal par de graves dérives financières
La publication d’un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) jette une lumière crue sur la gestion interne de l’Ordre des médecins, organe pourtant central dans la régulation déontologique du corps médical en France. Dépenses fastueuses, justificatifs absents ou approximatifs, absence de plafonnement : la liste des « irrégularités », selon le terme retenu par les inspecteurs, semble longue. Les faits relevés pointent notamment une conseillère ayant déboursé plus de 15.000 euros en taxis sur l’année 2024. Autre exemple saisissant : l’achat d’une villa luxueuse dans les Alpes-Maritimes pour près de 3,9 millions d’euros, alors qu’elle n’accueille que sept équivalents temps plein.
Les chiffres interpellent également sur le plan collectif. Les indemnités perçues par les conseillers ne cessent d’augmenter, atteignant 13,7 millions d’euros en 2024, contre 12,5 millions en 2021. En outre, la carte bancaire du conseil départemental parisien aurait servi à financer du vin, du champagne ou divers cadeaux sans réelle justification apparente.
Des failles profondes dans le contrôle et la discipline
Mais les critiques ne s’arrêtent pas à la simple gestion comptable. Le rapport pointe un « défaut de contrôle » manifeste au sein des conseils départementaux, ouvrant ainsi la voie à des dépenses excessives, voire injustifiées. Plus inquiétant encore : le traitement des signalements et des plaintes est jugé inégal et inefficace pour garantir que tout manquement déontologique soit effectivement poursuivi.
En toile de fond plane toujours le souvenir douloureux de l’affaire Joël Le Scouarnec. La condamnation retentissante du praticien pour violences sexuelles sur près de 300 victimes est citée comme symptôme d’une discipline insuffisante : « les conditions ne sont pas réunies pour prévenir la reproduction de situations similaires », alerte l’IGF.
L’IGF réclame une transformation structurelle
Face à ces dérives persistantes, l’institution formule treize recommandations pour refonder en profondeur l’Ordre des médecins. Parmi elles :
- Regrouper les conseils dans une structure juridique unique soumise à un contrôle externe indépendant ;
- Mieux encadrer les dépenses et centraliser leur gestion ;
- Ouvrir davantage la gouvernance aux représentants des patients.
Le conseil départemental parisien est même explicitement visé : sa dissolution pure et simple sous tutelle est envisagée face à une gouvernance jugée « opaque » et à des défaillances portant atteinte à la sécurité des patients.
L’Ordre se retranche derrière la procédure en cours
Sollicité par l’AFP, le Conseil national de l’Ordre des médecins, actuellement soumis à enquête, a fait savoir qu’il ne commenterait pas le dossier tant que la procédure ne serait pas close. L’organisme assure néanmoins être « pleinement respectueux des procédures républicaines ». Dans ce contexte sous tension, la question d’une réforme rapide et profonde s’impose désormais comme un impératif pour préserver la confiance dans cette institution essentielle à la santé publique française.