Les industriels de la défense française sont-ils vraiment en retard ?

Emmanuel Macron s’inquiète du rythme de production des entreprises françaises de la défense, estimant qu’il ne répond pas assez vite aux besoins actuels. Le secteur peine-t-il vraiment à s’adapter à la montée des enjeux sécuritaires ?

Détail rapproché du nez d'un Rafale illuminé par le soleil sur piste
Image d'illustration. Gros plan du nez Élégant d un avion rafale réfléchissant la lumière — ADN

Tl;dr

  • Macron critique le retard de la BITD française.
  • Manque de financement et lenteur des programmes pointés.
  • L’Europe doit renforcer son industrie d’armement.

L’Europe face à l’urgence du réarmement

La pression monte pour l’industrie européenne de la défense, alors que la guerre en Ukraine bouleverse l’ordre établi et impose une accélération sans précédent des capacités militaires. Dans ce contexte, Emmanuel Macron n’a pas hésité à pointer les faiblesses structurelles lors de ses vœux aux armées, soulignant que « beaucoup de nations investissent massivement dans la défense et, faute d’offres européennes compétitives, se tournent vers d’autres pays ». Pour le chef de l’État, convaincre les partenaires européens d’acheter européen devient crucial. Il n’exclut d’ailleurs pas que la France elle-même puisse opter pour des solutions extérieures si elles se révèlent plus efficaces ou rapides.

Un écart persistant avec l’économie de guerre

Malgré un discours volontariste tenu dès juin 2022, juste après le début du conflit ukrainien, la France peine à passer en véritable mode « économie de guerre ». Le constat dressé par Jean-Pierre Maulny, directeur-adjoint de l’Iris, est sans appel : « Force est de constater que nous ne sommes toujours pas en économie de guerre. » Le chef de l’État lui-même s’interroge sur la capacité réelle du pays à mobiliser ses forces industrielles en cas d’urgence, malgré le doublement ou triplement annoncé des capacités de production.

Boucle infernale entre État et industriels

Les causes sont multiples. D’un côté, l’État exige davantage de rapidité et des productions en volume. De l’autre, les industriels réclament des engagements financiers concrets pour pouvoir investir, refusant d’avancer sur fonds propres. Ce bras de fer rend toute avancée structurelle compliquée. Le montage industriel autour des grands programmes — jusqu’à 500 sous-traitants pour un Rafale — complexifie encore davantage la montée en puissance nécessaire. Les problèmes logistiques liés à certains composants civils non prioritaires ajoutent une couche supplémentaire de difficulté.

Parmi les améliorations notables, on peut cependant relever :

  • Des délais raccourcis sur certains équipements comme le canon Caesar ou le missile Aster.
  • Une cadence accrue dans la production du Rafale qui devrait bientôt atteindre trois appareils mensuels.

Nouveaux acteurs et défis persistants

Les longs délais sur les grands programmes restent toutefois critiqués par Emmanuel Macron, lesquels pourraient faire perdre à la France sa place sur certains marchés internationaux. Selon Jean-Pierre Maulny, cette inertie ne dépend pas uniquement des industriels, mais implique aussi les opérationnels et la DGA. L’expert note par ailleurs que certaines PME innovantes semblent mieux armées pour conceptualiser rapidement, favorisant désormais des alliances inédites — tel le partenariat entre KNDS et la start-up Delair, récemment salué par une première livraison rapide de munitions télé-opérées aux armées françaises.

Mais au-delà du cas français, c’est bien toute l’Europe qui doit combler ses « lacunes industrielles » dans plusieurs segments clés pour rester dans la course mondiale au réarmement.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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