Le thymus, longtemps jugé inutile, relance le débat sur le cancer

Image d'illustration. Chirurgie 2ADN
Souvent retiré lors d’opérations thoraciques, le thymus pourrait peser sur le risque de cancer et de décès. Mais une autre étude contredit ce signal.
En bref
- Le thymus est souvent retiré lors d’opérations thoraciques
- Une étude lie son ablation à plus de cancers
- Une autre étude ne confirme pas ce risque
On le retire parfois presque en passant, lors d’une chirurgie du thorax. Pourtant, le thymus, petite glande située derrière le sternum, pourrait ne pas être aussi secondaire qu’on l’a longtemps pensé chez l’adulte.
Un geste chirurgical plus sensible qu’il n’y paraît
Chez l’enfant, le thymus joue un rôle central dans la construction du système immunitaire. Plus tard, à partir de la puberté, il rétrécit et produit bien moins de cellules T, ces globules blancs qui aident l’organisme à se défendre.
C’est justement ce recul d’activité qui a conduit la médecine à le considérer comme largement dispensable à l’âge adulte. Comme il se trouve devant le cœur, il est souvent retiré pendant une chirurgie cardiothoracique. Dans certains cas, l’ablation est nécessaire, notamment en présence d’un cancer du thymus ou de maladies auto-immunes chroniques comme la myasthénie grave.
Une étude américaine qui a surpris les médecins
En 2023, des chercheurs de Boston ont comparé les dossiers de patients opérés dans un système de santé d’un État américain. Leur analyse portait sur plus de 6 000 personnes ayant conservé leur thymus et sur 1 146 patients ayant subi une thymectomie.
Le signal observé a frappé. Dans les cinq ans suivant l’opération, les patients privés de thymus étaient presque deux fois plus susceptibles de mourir que les autres, même après prise en compte de facteurs comme l’âge, le sexe, l’origine raciale, un cancer du thymus, la myasthénie grave ou des infections postopératoires.
Le risque de cancer apparaissait lui aussi doublé. Les tumeurs relevées dans ce groupe semblaient en plus plus agressives et revenaient plus souvent après traitement. L’oncologue de Harvard University David Scadden estimait alors que « le thymus est absolument nécessaire à la santé ».
Pourquoi le thymus pourrait encore compter à l’âge adulte
L’étude restait observationnelle. Elle ne prouve donc pas que retirer le thymus cause directement un cancer ou une autre maladie mortelle. Mais les auteurs jugent, tant que le sujet n’est pas tranché, que sa préservation devrait rester une priorité clinique quand c’est possible.
Leur piste tient au système immunitaire. Chez des patients ayant subi une thymectomie, les analyses sanguines montraient des récepteurs des cellules T moins diversifiés. Et chez les enfants opérés tôt, on sait déjà que l’ablation du thymus peut entraîner une baisse durable des cellules T et une réponse vaccinale moins bonne.
Une confirmation qui n’est pas venue
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une étude publiée en 2025 par des chercheurs de la Yale School of Medicine, à partir des bases NCDB et SEER sur la période 2004-2022, a cherché à vérifier ces résultats.
Cette fois, aucun effet négatif clair du retrait du thymus sur la santé des patients n’a été retrouvé. L’équipe indiquait que la thymectomie chez des adultes présentant de petits thymomes localisés n’était pas associée à une hausse de la mortalité à cinq ans ni des décès par cancer.
Résultat, le débat reste ouvert. Le travail de David Scadden a été publié dans le New England Journal of Medicine, mais la question des effets à plus long terme, elle, n’est clairement pas réglée.