Ce cancer de l’appendice progresse chez les jeunes, sans cause claire

Image d'illustration. Vue détaillée d un technicien en laboratoireADN
Des chercheurs américains observent une hausse nette des cancers de l’appendice chez les moins de 50 ans. Le phénomène inquiète, faute d’explication claire.
En bref
- Le cancer de l’appendice augmente chez les jeunes
- Les causes restent inconnues à ce stade
- Le diagnostic arrive souvent tard
On parle d’un cancer rare, environ 3 000 cas par an aux États-Unis. Mais sa progression, elle, n’a plus rien d’anecdotique. Des travaux récents montrent que le cancer de l’appendice touche de plus en plus souvent des jeunes adultes, alors qu’il concernait historiquement surtout des personnes plus âgées.
Un cancer rare, mais une hausse qui ne l’est plus
L’équipe de l’université Vanderbilt, menée par l’épidémiologiste et biologiste moléculaire Andreana Holowatyj, suit cette tendance depuis plusieurs années. Une analyse nationale publiée en 2020 montrait déjà que l’incidence des formes malignes avait bondi de 232 % entre 2000 et 2016 aux États-Unis.
Toutes les générations ont vu les cas augmenter. Et aujourd’hui, un patient sur trois atteint de ce cancer reçoit son diagnostic avant 50 ans. Pour une maladie aussi peu fréquente, le signal est net.
Les générations nées plus tard sont les plus touchées
Le point le plus marquant concerne l’effet générationnel. Selon les travaux les plus récents, les membres de la génération X et les Millennials ont un risque de diagnostic trois à quatre fois plus élevé que les générations plus anciennes.
Dans le détail, les cas ont triplé chez les Américains nés entre 1976 et 1984 par rapport à ceux nés entre 1941 et 1949. Pour les personnes nées entre 1981 et 1989, ils ont quadruplé.
Pour Andreana Holowatyj, il existe encore un vrai retard sur ce sujet. Elle expliquait en 2024 : « Quand on pense aux progrès importants réalisés sur d’autres cancers, il y a un grand vide. »
Pourquoi ce cancer passe facilement sous les radars
Le problème, c’est que les signes sont peu spécifiques. Douleurs abdominales, ballonnements, douleurs pelviennes, autant de symptômes qui peuvent faire penser à bien d’autres pathologies, bien plus courantes. Chez certaines femmes, la tumeur peut même être confondue avec des lésions de l’endomètre.
Il n’existe pas de dépistage standardisé pour ce cancer, et les traitements disponibles restent limités. Andreana Holowatyj souligne aussi que ces tumeurs peuvent être manquées plus facilement au moment où la prise en charge de l’appendicite sans chirurgie devient plus fréquente.
Autre difficulté, ces tumeurs ne se comportent pas comme les cancers colorectaux. Elles ont, selon la chercheuse, des caractéristiques moléculaires différentes, ne diffusent pas de la même manière et répondent moins bien aux chimiothérapies habituellement utilisées pour le côlon.
Des pistes existent, mais aucune réponse ferme
Les chercheurs n’ont pas encore identifié la cause. Ils regardent du côté de plusieurs facteurs, comme l’alimentation, l’activité physique, certains variants génétiques hérités, ou des expositions environnementales, notamment les plastiques et des pollutions chimiques.
Ce tableau s’inscrit dans une tendance plus large. Une étude de 2023 signalait une hausse de près de 80 % des diagnostics de cancer chez les moins de 50 ans sur trois décennies. Une revue internationale publiée en 2022 relevait aussi une progression marquée des cancers digestifs, dont ceux de l’intestin, du pancréas, des voies biliaires et de l’appendice.
Le chirurgien oncologue Steven Ahrendt, de l’université du Colorado, non impliqué dans ces recherches, disait voir lui aussi des patients de 20 ou 30 ans avec des tumeurs appendiculaires avancées. Les études ont été publiées dans Gastroenterology et Annals of Internal Medicine. À moyen terme, l’enjeu est simple, comprendre qui est le plus exposé, et pourquoi.