La France domine le marché illicite des cigarettes en Europe

Image d'illustration. Arrangement artistique de paquet de cigarettes ouvert sur table en boisADN
La France se distingue nettement comme le principal pays consommateur de cigarettes issues du marché noir en Europe, selon les dernières données disponibles, illustrant l’ampleur de ce phénomène par rapport à ses voisins du continent.
Tl;dr
- Près d’une cigarette sur deux achetée hors réseau officiel.
- Explosion du marché noir et des contrefaçons en France.
- Les taxes favorisent achats transfrontaliers et trafics.
L’explosion du marché noir du tabac en France
En 2024, la France fait face à une situation inédite : près de la moitié des cigarettes consommées dans l’Hexagone ne transitent plus par le réseau légal des buralistes, pourtant détenteurs du monopole de la vente de tabac.
Selon une récente étude du cabinet KPMG, commandée par Philip Morris et relayée par Le Figaro, ce sont quelque 24,7 milliards de cigarettes qui échappent au circuit officiel chaque année – un chiffre en hausse de 13 % par rapport à l’année précédente. La France occupe désormais la première place européenne en matière de consommation issue du marché noir, loin devant des pays comme l’Ukraine, le Royaume-Uni ou la Grèce.
Trafics florissants et diversification des produits illicites
Loin d’être un phénomène marginal, ce commerce illégal se nourrit d’une offre toujours plus diversifiée. D’après Daniel Bruquel, responsable de la prévention du commerce illicite chez Philip Morris France, « Les cigarettes de contrefaçon et de contrebande se sont beaucoup développées. Elles sont facilement accessibles, sur les réseaux sociaux et partout sur le territoire. » Le cabinet EY estime que ce trafic a généré plus de deux milliards d’euros pour les réseaux criminels rien qu’en 2023, avec environ 400 millions de paquets écoulés.
Parallèlement aux cigarettes traditionnelles, les produits alternatifs ne sont pas épargnés. Les puffs, ces cigarettes jetables interdites depuis février dernier, font désormais partie des nouvelles cibles privilégiées des trafiquants. Les industriels du tabac s’inquiètent aussi d’un possible transfert vers les sachets de nicotine (« pouches ») si leur interdiction était décidée, créant ainsi un nouveau marché clandestin. Stéphanie Martel, directrice des affaires externes chez Philip Morris France, défend une position claire : « Les interdictions créent des marchés clandestins et privent les fumeurs de produits moins nocifs, sans protéger les jeunes. »
Poussés à acheter ailleurs : l’effet prix et fiscalité
Au-delà des circuits illicites internes, nombre de consommateurs franchissent désormais la frontière pour s’approvisionner dans les pays voisins où le paquet est vendu entre quatre et six euros – bien loin des treize euros pratiqués en France suite à l’alourdissement des taxes par les pouvoirs publics.
Cette envolée fiscale vise officiellement à réduire la consommation nationale ; cependant, si le volume total de cigarettes fumées baisse légèrement, le nombre d’adeptes du tabac demeure stable, retrouvant son niveau du début des années 2000.
Bilan contrasté pour la lutte anti-tabac française
Face à ces évolutions rapides du marché parallèle et aux stratégies d’adaptation des trafiquants comme des consommateurs, la lutte contre le tabagisme semble se heurter à ses propres limites : taxation accrue et interdictions répétées alimentent involontairement une économie souterraine qui pèse lourdement sur le secteur légal… mais aussi sur l’efficacité même des politiques publiques en matière de santé.