En bref
- Le travail de nuit est lié à plus d’alertes
- La motricité fine ressort dans tous les cas
- L’étude ne prouve pas une causalité
Avant même de parler de résultats, un point frappe: l’ampleur des données. Au Japon, des chercheurs de l’Université de Kyushu ont exploité une enquête nationale issue du programme JECS, menée entre janvier 2011 et mars 2014, pour regarder si le travail de nuit pendant la grossesse pouvait être lié au développement de l’enfant.
Le sujet dépasse le simple rythme de bureau. Quand une grossesse se déroule avec des horaires nocturnes, ce sont aussi le sommeil et l’horloge biologique qui bougent, avec des effets déjà soupçonnés sur la santé de la mère et du bébé.
Une cohorte massive pour mesurer un risque discret
L’analyse repose sur près de 100.000 femmes enceintes incluses dans JECS. Pour cette étude, 31.528 mères qui travaillaient au premier trimestre et qui ont ensuite rempli le questionnaire sur leur enfant à 4 ans ont été retenues.
Les participantes ont été interrogées au premier trimestre, puis au deuxième ou troisième trimestre, avec des questions sur le nombre de nuits travaillées chaque mois. Les chercheurs ont ensuite distingué trois profils: aucune nuit travaillée lors des deux enquêtes, nuits présentes seulement au début de grossesse, ou travail nocturne maintenu aux deux moments. Cela représentait 27.655 femmes sans nuits, 1.779 avec nuits interrompues et 2.084 avec nuits poursuivies.
Les domaines du développement qui ressortent le plus
À l’âge de 4 ans, les enfants ont été évalués avec la version japonaise du questionnaire J-ASQ-3, un outil de dépistage couvrant cinq domaines, de la communication au fonctionnement personnel et social, en passant par la motricité.
Au total, 4.189 enfants, soit un peu plus de 13%, ont été classés à haut risque dans au moins un domaine. Dans le détail, 4% concernaient la communication, 5% la motricité globale, 6% la motricité fine, 3% la résolution de problèmes et 5% le fonctionnement personnel-social.
Chez les mères qui ont arrêté les nuits en cours de grossesse, une seule association ressortait nettement: un risque supérieur de 24% pour les difficultés de motricité fine. Quand les nuits se poursuivaient, le signal était plus large, avec un risque accru de 29% pour la communication, 34% pour la motricité fine et 31% pour le fonctionnement personnel-social.
Les chercheurs avancent qu’une inflammation maternelle liée au travail nocturne persistant pourrait toucher plus particulièrement les circuits neuronaux impliqués dans la motricité fine.
Le sommeil complique encore le tableau
Le sommeil prénatal a aussi été pris en compte à partir des heures de coucher et de lever déclarées au deuxième et troisième trimestre. Moins de 6 heures correspondait à un sommeil court, 6 à 9 heures à une durée modérée, et 10 heures ou plus à un sommeil long.
L’analyse exploratoire montre que ce facteur peut modifier l’association observée. Une durée de sommeil de 10 heures ou plus était liée à un risque supérieur de 80% d’anomalie dans au moins un des cinq domaines, par rapport à un sommeil de 6 à 9 heures.
Mais l’étude, publiée dans Occupational et Environmental Medicine, reste observationnelle. Elle ne démontre donc pas un lien de cause à effet. Les auteurs n’ont pas pu intégrer plusieurs variables, comme la rotation des horaires, le chronotype, la charge de travail, l’exposition à la lumière ou l’heure de fin du poste. Leur conclusion est plus pratique qu’alarmiste: des horaires plus flexibles pour les salariées enceintes travaillant de nuit mériteraient d’être envisagés.