France : l’État prépare un emprunt record de 340 milliards d’euros en 2027

Le besoin de financement de l’Etat grimpe encore pour 2027, sur fond de taux plus élevés et de dettes arrivant à échéance. La facture s’alourdit.

Cette infographie démontre les effets du maintien du déficit public dans les seuils autorisés sur l'économie nationale.
Image d'illustration. Infographie sur le déficit public et l économie — ADN

En bref

  • L’Etat vise 340 milliards d’euros d’emprunts en 2027
  • Les taux plus élevés renchérissent fortement la dette
  • Ces chiffres n’incluent pas toute la dette publique

340 milliards d’euros. C’est le montant que l’Etat prévoit d’emprunter en 2027, un niveau inédit, contre 310 milliards un an plus tôt. Derrière ce chiffre, il y a un mécanisme assez simple, et coûteux: une partie de la dette arrive à échéance, il faut la refinancer, mais dans un marché où l’argent coûte désormais plus cher.

Un mur de refinancement pour 2027

L’agence du ministère de l’Economie et des Finances, l’Agence France Trésor, qui gère la dette de l’Etat, chiffre le besoin prévisionnel de financement à 339,7 milliards d’euros l’an prochain. Cela représente 28 milliards de plus que le besoin de financement 2026 actualisé.

La hausse vient d’abord des remboursements à assurer sur les anciens titres de dette. Les amortissements des obligations de moyen et long terme progresseraient de 19,4 milliards d’euros. En clair, des emprunts contractés les années précédentes arrivent à maturité, et il faut en émettre de nouveaux pour prendre le relais.

Des taux plus hauts qui changent la donne

Le vrai sujet, quand même, n’est pas seulement le volume emprunté. C’est son prix. Antoine Deruennes, directeur général de l’Agence France Trésor, a expliqué que la nouvelle dette serait émise à un taux très supérieur à celui des dettes arrivant aujourd’hui à échéance.

L’Etat retient l’hypothèse d’un taux de 4,3 % en 2027 pour ses emprunts à dix ans sur le marché obligataire. Mardi, le rendement des obligations françaises à dix ans montait même à 4,80 %, avec un écart qui reste stable avec l’Allemagne.

Crises passées, facture présente

Une partie de l’explication remonte aux années de crise. L’Agence France Trésor souligne que plusieurs émissions réalisées pour absorber le choc de la crise sanitaire puis de la crise énergétique arrivent progressivement à échéance.

Et il y a un autre changement. L’Etat devra aussi remplacer sur les marchés le financement européen du plan national de relance et de résilience, le PNRR, qui se termine fin 2026. Ce relais représentait 6,1 milliards d’euros en 2026.

Ce que couvrent vraiment ces chiffres

La charge budgétaire de la dette de l’Etat est attendue à 72,9 milliards d’euros en 2027, contre 62,6 milliards en 2026, selon les chiffres repris par l’Agence France Trésor. De son côté, le ministère de l’Economie évoque 65 milliards pour 2026, avec une méthode de calcul un peu différente.

Mais il faut garder le bon périmètre en tête. Ces données concernent la dette des administrations de l’Etat, donc les ministères et les agences. Elles ne couvrent pas l’ensemble de la dette publique, qui inclut aussi la Sécurité sociale et les collectivités locales.

Cette présentation intervient juste avant le projet de loi de finances pour 2027, construit avec une cible de déficit public à 5,0 % du PIB. Et c’est là que le sujet devient plus large: au-delà du record affiché, le coût du refinancement pèse désormais de plus en plus lourd sur la marge de manœuvre budgétaire.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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