En bref
- Prix de l’énergie attendus très élevés cet hiver
- Stocks de gaz plus bas que prévu
- Bruxelles prépare aides et assouplissements
L’hiver n’a pas commencé que la nervosité est déjà là. Dans l’Union européenne, les stocks de gaz sont jugés trop bas pour cette période, pendant que le prix des carburants grimpe et que la guerre au Moyen-Orient, aggravée par la fermeture du détroit d’Ormuz, a déjà coûté plus de 100 milliards d’euros aux Vingt-Sept.
À Dublin, le commissaire européen Dan Jorgensen a prévenu que les prix du gaz et des carburants pourraient être « très élevés » cet hiver. Il a aussi rappelé qu’en temps normal, près de 50 millions de personnes en Europe ne peuvent déjà pas chauffer correctement leur logement, avec un risque d’aggravation dans les prochains mois.
Des réserves moins confortables que les années précédentes
Le point le plus sensible, c’est le niveau des réserves. En moyenne, les stocks de gaz atteignent environ 70 % dans l’Union européenne, un niveau qualifié d’exceptionnellement bas pour la saison.
Le contraste est net entre pays. La France affiche 82 % de remplissage, quand l’Allemagne et les Pays-Bas sont à 57 %. Pour autant, Dan Jorgensen assure qu’il n’existe pas de risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement. Pas de pénurie annoncée, donc. Mais un marché plus tendu, clairement.
La crise se voit déjà sur les factures et à la pompe
La hausse n’est pas une menace abstraite. La semaine dernière, le gazole coûtait en moyenne 2,23 euros le litre dans l’UE, contre 1,59 euro fin février.
Les réponses nationales commencent à diverger. L’Espagne prévoit une remise de 20 centimes par litre en octobre. La France, elle, privilégie des aides sectorielles. De son côté, Bruxelles recommande des soutiens ciblés aux secteurs les plus exposés et a déjà assoupli les règles sur les aides d’État.
Bruxelles cherche à calmer le marché sans casser les flux
À court terme, la Commission veut limiter la demande de gaz et la consommation d’électricité. Elle cherche aussi à éviter une course au remplissage des réserves, parce qu’un achat précipité ferait encore monter les prix.
Autre piste, plus politique: reporter de 2027 à 2028 une loi imposant aux entreprises qui importent des hydrocarbures de surveiller et déclarer leurs émissions de méthane. La mesure, soutenue par Emmanuel Macron, doit encore passer devant les États membres et le Parlement européen. Les États-Unis jugent que cette règle pourrait freiner leurs exportations, tandis que des organisations environnementales estiment que ce report ne changerait rien aux prix de l’énergie.
Dans le même temps, Donald Trump a évoqué une possible restriction des exportations américaines de gazole. Dan Jorgensen a répondu qu’il n’était dans l’intérêt ni des États-Unis ni de l’Union européenne de restreindre les flux d’énergie dans une période aussi difficile.
L’électrification, la vraie réponse mais pas pour cet hiver
Sur le fond, l’Union européenne mise sur l’électrification pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Son objectif est de porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à 46 % en 2040, contre environ 23 % aujourd’hui.
Mais le chantier reste lourd. Le coût de l’électricité freine encore cette bascule, tout comme le poids des fossiles dans le chauffage et les transports. L’Espagne, le Portugal et le Luxembourg demandent déjà un objectif contraignant de développement des énergies renouvelables après 2030. C’est là que se joue la suite, bien au-delà de cet hiver.