En bref
- Polymarket cherche à être régulé comme une plateforme financière en Europe, plutôt que comme un site de paris, afin d’éviter des règles nationales très différentes.
- La plateforme est déjà bloquée en France et en Espagne, tandis que les régulateurs européens et britanniques restent prudents face à son statut et aux risques de manipulation ou de délit d’initié.
- Son dossier est fragilisé par plusieurs controverses, notamment des accusations liées à la promotion de faux paris et à l’utilisation d’informations internes.
Déjà bloqué en France et en Espagne, Polymarket tente de changer les règles du jeu en Europe. La plateforme de marchés prédictifs cherche à convaincre les autorités qu’elle relève des services financiers, pas des lois sur les jeux d’argent.
D’après le Financial Times, l’entreprise a échangé avec la Commission européenne et l’Autorité européenne des marchés financiers, l’ESMA, pour être encadrée par les règles MiFID. Ce texte harmonise dans l’Union européenne les règles applicables aux services d’investissement. L’enjeu est limpide, parce que les législations sur les paris varient d’un pays à l’autre, ce qui complique fortement son activité.
Une bataille de statut très stratégique
Polymarket permet à ses utilisateurs de miser sur l’issue d’événements bien réels. On parle d’élections, de matchs et tournois sportifs, de résultats au box-office, ou même de conflits internationaux. C’est justement ce positionnement hybride qui alimente le bras de fer réglementaire.
Au Royaume-Uni, des représentants de l’entreprise auraient aussi rencontré Nikhil Rathi, directeur général de la Financial Conduct Authority, la FCA. L’autorité britannique a déjà expliqué qu’elle pouvait superviser certains marchés prédictifs liés à la finance ou à certains événements climatiques. Pour les paris portant sur la politique et le sport, en revanche, la compétence revient à la Gambling Commission.
Déjà bloqué en Espagne et en France
Le débat est loin d’être abstrait. En mai, l’Espagne a bloqué Polymarket et Kalshi pendant qu’elle examine la légalité de leurs opérations sans licence de jeu. En juillet, la France a demandé aux fournisseurs d’accès à internet de couper l’accès local à Polymarket.
Dans l’état actuel des règles, la plateforme doit obtenir une licence de jeu dans les pays de l’UE. C’est précisément ce cadre que l’entreprise essaie de contourner.
Des régulateurs loin d’être convaincus
Et pour l’instant, le climat n’a rien d’accueillant. L’ESMA a récemment averti que ces marchés prédictifs étaient largement exposés au délit d’initié. Ces derniers mois, un salarié de Google, trois candidats politiques et un membre du personnel de la Maison Blanche ont été repérés en train de négocier à partir d’informations internes sur ce type de plateformes.
Des critiques qui compliquent encore le dossier
Autre point sensible, Polymarket est accusé d’avoir rémunéré des influenceurs sur les réseaux sociaux pour diffuser de fausses vidéos de paris à titre publicitaire. Une précédente enquête du Wall Street Journal affirmait que la moitié des paris présentés comme gagnants dans ces vidéos auraient, en réalité, perdu.
Bon, pour plaider le statut de plateforme financière, ce n’est pas exactement le meilleur timing.