En bref
- Google teste l’IA dans l’espace avec des TPU envoyées en orbite pour exploiter davantage l’énergie solaire.
- Le premier test, avec SpaceX et Planet, doit vérifier si les puces résistent aux radiations, aux fortes accélérations et aux contraintes thermiques.
- L’objectif reste lointain : créer des data centers spatiaux, si les coûts de lancement deviennent suffisamment bas d’ici les années 2030.
L’IA a un appétit énergétique énorme, et Google veut vérifier si une partie du problème peut se régler loin de la Terre. La semaine prochaine, le groupe doit envoyer ses premières TPU en orbite dans le cadre de Project Suncatcher.
L’idée, sur le papier, a un parfum de science-fiction. Mais le point de départ est très concret, les besoins de calcul explosent, tout comme la facture électrique. Et c’est bien ça qui rend ce test intéressant.
L’IA consomme trop, Google regarde vers le Soleil
Chez Google, les systèmes traitent désormais plus de 3,2 quadrillions de tokens d’IA par mois, soit sept fois plus qu’un an plus tôt. Pour suivre, la firme de Mountain View prévoit environ 180 à 190 milliards de dollars de dépenses d’investissement cette année.
Le pari de Project Suncatcher, c’est de rapprocher une partie de l’infrastructure IA de sa source d’énergie. Selon Google, un panneau solaire placé sur la bonne orbite peut produire jusqu’à huit fois plus que le même panneau au sol. Certaines configurations offriraient même un accès presque continu à la lumière du Soleil, avec moins de dépendance aux batteries.
Un premier vol très modeste, mais décisif
Bon, il ne faut pas imaginer Gemini tourner dans un immense serveur flottant dès la semaine prochaine. Ce premier lancement est bien plus limité. Il s’agit surtout de savoir si les mêmes puces utilisées pour l’IA sur Terre peuvent survivre au décollage, puis continuer à fonctionner dans l’espace.
Le test aura lieu à bord de la mission Transporter-18 de SpaceX. Un satellite prototype développé avec Planet emportera les TPU en orbite basse.
Radiations, gravité, chaleur, les vrais pièges
Pendant le lancement, le satellite subira une accélération continue pouvant atteindre dix fois la gravité terrestre. Certaines pièces pourront encaisser des forces de 50 à 100 g. Et ensuite, il y a les radiations, sans la protection de l’atmosphère, les rayons cosmiques et l’activité solaire peuvent perturber l’électronique et provoquer des erreurs, comme des bits inversés.
Google a déjà testé ses puces Trillium au Crocker Nuclear Laboratory de UC Davis, en les bombardant de protons pendant des charges de travail IA. D’après l’entreprise, les processeurs ont tenu une dose totale supérieure à celle attendue sur une mission de cinq ans.
Reste un autre casse-tête, la chaleur. Dans le vide spatial, pas d’air pour évacuer celle d’une puce. Google travaille donc sur des radiateurs et des caloducs, déjà testés dans des chambres à vide thermique sur Terre. Cette mission sera la première vraie vérification en orbite.
Le scénario d’un vrai centre de données spatial reste lointain
À plus long terme, Google imagine des grappes de satellites solaires reliés entre eux par des liaisons optiques rapides, donc des lasers. Un essai avec deux satellites doit justement tester cette brique technologique en 2027.
Mais on en est encore au tout début. Selon les estimations de Google, il faudrait que le coût des lancements tombe sous 200 dollars par kilogramme pour qu’un data center orbital commence à rivaliser avec les coûts énergétiques d’une installation terrestre équivalente. L’entreprise pense que ce niveau pourrait être atteint vers le milieu des années 2030. Projection, pas promesse. Et ça change tout.