Dépression majeure : une étude distingue deux profils biologiques

Une vaste étude génétique avance que certaines dépressions majeures suivent deux profils biologiques opposés. De quoi peser sur le diagnostic et les soins.

Corridor d'hôpital éclairé avec des murs blancs et un sol contemporain.
Image d'illustration. Couloir d hôpital moderne — ADN

En bref

  • Deux profils biologiques distincts de dépression majeure ressortent.
  • Leurs marqueurs métaboliques et génétiques divergent nettement.
  • L’étude reste une prépublication, sans relecture par les pairs.

On range aujourd’hui sous un même diagnostic des patients qui dorment trop ou presque plus, qui perdent du poids ou en prennent. C’est précisément ce décalage que des chercheurs ont voulu regarder de plus près dans la dépression majeure, ou major depressive disorder (MDD).

Leur idée est simple. Si les symptômes vont dans des directions opposées, la biologie derrière pourrait, elle aussi, différer. Et si c’est le cas, traiter tout le monde de la même manière risque de brouiller le tableau, voire de ralentir les progrès côté soins.

Un même diagnostic, des symptômes qui tirent à l’opposé

La MDD est une forme clinique sévère de dépression. Elle touche au moins 10 % de la population au cours de la vie aux États-Unis, avec un coût de plus de 194 milliards d’euros (210 milliards de dollars) en dépenses de santé et pertes de productivité.

Mais les critères diagnostiques actuels additionnent encore des signes inverses dans une seule catégorie. Les chercheurs estiment que cette standardisation a aidé à harmoniser les diagnostics, tout en favorisant des approches trop générales.

Deux sous-types se détachent dans les données génétiques

L’équipe a mené trois méta-analyses d’associations sur l’ensemble du génome, sur plus de 460 000 personnes d’ascendance européenne. Elle a comparé trois groupes : le sous-type AERS+, avec hypersomnie et prise de poids, le sous-type AERS-, avec insomnie et perte de poids, et une forme non classée située entre les deux.

Résultat, 27 variations d’ADN associées à la maladie ont été identifiées. Quatre sont liées à AERS+, dix à AERS- et treize à la forme non classée. Les chercheurs précisent d’ailleurs que cette dernière n’est pas un simple mélange génétique des deux autres.

Le profil AERS+ renvoie à un terrain métabolique et inflammatoire

Chez les patients AERS+, le tableau est plus lourd. Ce sous-type est associé à un indice de masse corporelle plus élevé, à davantage de récidives, à des limitations fonctionnelles plus marquées, à un début plus précoce et à plus de comorbidités.

Les corrélations génétiques vont dans le même sens, avec le glucose sanguin, le tour de taille, le syndrome métabolique, le diabète de type 2 et l’IMC. S’ajoutent un lien négatif avec le « bon » cholestérol HDL et un lien positif avec la protéine C-réactive, un marqueur de l’inflammation. En gros, la biologie observée rappelle celle d’une personne qui s’oriente vers un syndrome métabolique.

Le profil AERS- suit une logique presque inverse

Pour AERS-, les associations partent dans l’autre sens. Certaines variantes de risque sont liées à des traits métaboliques jugés plus favorables, comme un tour de taille plus faible, et à un risque réduit de diabète de type 2.

Les chercheurs relèvent aussi une corrélation avec l’anorexie mentale, ainsi qu’un lien possible avec la schizophrénie via la régulation des gènes. Sur le plan cellulaire, AERS+ semble davantage relié à des neurones inhibiteurs du cortex, quand AERS- paraît associé à des neurones excitateurs.

Pourquoi cela pourrait compter pour les traitements

L’intérêt de l’étude, c’est le cadre immunométabolique qu’elle propose. Les auteurs avancent que des facteurs liés à l’inflammation, au stress ou à la sensibilité à l’insuline pourraient moduler ces sous-types sans forcément les provoquer directement.

Cela aiderait à comprendre pourquoi l’appétit, le poids ou le sommeil ne bougent pas de la même façon d’un patient à l’autre. Mais il y a un point à garder en tête, quand même : ces travaux sont disponibles en prépublication sur medRxiv et n’ont pas encore été relus par des pairs. Si cette piste tient, elle pourrait pousser la psychiatrie à regarder la dépression moins comme un bloc unique que comme plusieurs biologies voisines.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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