Démarchage téléphonique, la loi avance, les doutes restent

La nouvelle loi impose un accord explicite avant tout appel commercial. Sur le terrain, beaucoup attendent surtout de voir si les appels vont vraiment baisser.

Une jeune femme agacée par le démarchage téléphonique
Image d'illustration. Une jeune femme agacée par le démarchage téléphonique — ADN

En bref

  • Accord explicite désormais obligatoire avant tout appel commercial
  • Des consommateurs restent très méfiants
  • La peur vise surtout les consentements flous

La promesse est nette. Dans les faits, la confiance ne suit pas encore. Depuis mardi, en France, une nouvelle loi impose aux entreprises d’obtenir un consentement explicite avant tout démarchage téléphonique. Après des années d’appels subis, pas mal de consommateurs veulent surtout voir si la règle sera réellement appliquée.

Une règle simple, mais un vrai changement de logique

Jusqu’ici, beaucoup vivaient ces appels comme une pratique imposée. La nouvelle réglementation tente de renverser cette logique. Désormais, une société qui veut appeler un particulier pour lui vendre un produit ou un service doit d’abord avoir obtenu son accord préalable.

Ce feu vert ne peut pas être supposé. Il doit être donné de façon claire, soit à l’oral, soit par écrit, par exemple via un formulaire. Sans cet accord, l’appel commercial devient en théorie illégal. Sur le papier, le consommateur reprend donc la main.

Des consommateurs usés par les promesses précédentes

Mais le vrai sujet est là. Une loi peut durcir le cadre, elle ne répare pas d’un coup le passif accumulé. L’objectif affiché est de faire baisser fortement le volume d’appels non sollicités, pourtant le réflexe dominant reste la prudence.

Interrogé par Europe 1, Christian, retraité, raconte recevoir parfois trois à quatre appels dans une même journée. Il dit voir cette évolution d’un bon œil, tout en doutant beaucoup des résultats. Sa formule résume assez bien l’humeur du moment, « on attend de voir ».

Ce scepticisme n’arrive pas de nulle part. Les règles précédentes ont souvent été contournées, et c’est précisément ce souvenir qui pèse aujourd’hui. Résultat, l’annonce de la loi ne suffit pas, à elle seule, à rassurer.

Le point faible redouté, l’accord obtenu en douceur

L’inquiétude se déplace maintenant vers la manière dont cet accord sera recueilli. Beaucoup craignent un consentement obtenu sans que le client mesure vraiment ce qu’il accepte.

Martine décrit une scène déjà connue en magasin, qu’elle juge ambiguë. Elle explique qu’on lui propose de laisser ses coordonnées pour des promotions ou pour son anniversaire, avec en arrière-plan une carte de fidélité ou une offre spéciale. Dit comme ça, le geste paraît anodin. Mais il peut aussi ouvrir la porte à des appels commerciaux ensuite.

Elle évoque aussi l’insistance de certains vendeurs, qui cherchent à accrocher le client. C’est là que se jouera une partie de l’efficacité du texte. Si l’accord devient une case cochée trop vite ou une formule glissée dans une démarche commerciale plus large, la loi risque de buter sur le même problème qu’avant, protéger en théorie, beaucoup moins dans la vie quotidienne.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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