En bref
- Le plafond viserait 30 000 euros
- Jusqu’à 119,85 euros d’intérêts annuels en plus
- Le projet divise banques et pouvoirs publics
Presque 120 euros d’intérêts en plus sur un an. C’est l’effet le plus visible de la piste étudiée autour du Livret A, avec un plafond qui passerait de 22 950 euros à 30 000 euros. Derrière ce calcul simple, il y a un débat bien plus large sur la façon de financer l’adaptation climatique sans créer d’impôt supplémentaire.
Près de 120 euros de plus, mais pas pour tout le monde
Pour un épargnant qui atteint le plafond actuel, le changement serait concret. Avec un taux annuel fictif de 1,7 %, un Livret A rempli à 22 950 euros génère 390,15 euros d’intérêts sur une année complète. Porté à 30 000 euros, il rapporterait alors 510 euros nets d’impôts.
L’écart atteint donc 119,85 euros par an, à condition de pouvoir placer les 7 050 euros supplémentaires et de les laisser sur le compte toute l’année. Ce n’est pas un détail, parce que la mécanique du Livret A reste la même.
Et il y a la règle des quinzaines. Un versement effectué après une éventuelle mise en place du nouveau plafond ne commence à produire des intérêts qu’à partir du 1er ou du 16 du mois suivant. Résultat, un dépôt réalisé en cours d’année ne rapporterait que sur la période restante.
Pourquoi l’exécutif regarde de près cette épargne
L’idée défendue par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, vise un objectif précis : capter une partie d’une épargne déjà installée dans les habitudes des Français pour financer l’adaptation au changement climatique.
Le raisonnement tient au poids du produit. La France compte 58 millions de Livrets A. Une partie des fonds est gérée par la Caisse des dépôts, qui accorde des prêts de long terme, notamment pour le logement social. Avec un plafond plus haut, l’exécutif espère orienter davantage d’argent vers des projets écologiques.
Monique Barbut a aussi insisté sur un point politique sensible : selon elle, il ne s’agit pas d’une nouvelle taxe et les Français n’auraient pas à payer un impôt supplémentaire.
Une idée loin d’être validée
Sur le papier, la mesure peut sembler évidente. En pratique, elle ne fait pas consensus. La Caisse des dépôts y est favorable, mais la Fédération française bancaire s’y oppose nettement.
Le secteur bancaire estime qu’un relèvement du plafond immobiliserait encore plus d’épargne dans un placement liquide et garanti, au détriment de placements de long terme dont les entreprises ont besoin. En gros, la crainte porte sur le financement de l’économie réelle.
Le projet reste donc une simple piste. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, juge qu’un tel mouvement pourrait générer potentiellement 10 milliards d’euros d’encours supplémentaires. Mais la décision dépend encore d’un arbitrage de Matignon et du feu vert de Bercy. C’est là que se joue la suite, bien plus que dans le calcul des intérêts lui-même.