En bref
- Les affiches IA gagnent commerces et fêtes locales
- Leur succès tient au prix et à la rapidité
- Leur style très codé agace déjà beaucoup
Les affiches générées par IA ne sont plus un gadget aperçu au détour d’un fil social. Elles s’installent dans le paysage, des petits commerces aux événements locaux, avec la même promesse, faire vite, faire simple, faire pas cher. Et ce détail compte, parce qu’il dit autant quelque chose de la technologie que de l’économie très concrète des vitrines et des fêtes de village.
Une vague bien plus large qu’un simple mème
En France, ces visuels apparaissent désormais un peu partout, sur les devantures, dans les supermarchés, lors des fêtes communales, jusque dans le festival off d’Avignon. Le phénomène est devenu assez massif pour avoir reçu un nom aux États-Unis, celui de pandémie de flyers ChatGPT.
Sur les réseaux sociaux, l’accueil est souvent moqueur, parfois franchement hostile. Avec l’été, pas mal de vacanciers ont découvert l’ampleur du phénomène et se sont improvisés défenseurs du bon goût. Dans la rue, c’est beaucoup moins bruyant.
Pourquoi ces structures y viennent si vite
Pour Anthony Masure, chercheur et responsable de la recherche à la Haute école d’art et de design de Genève, cette bascule s’explique d’abord par le terrain. Les associations rurales et les très petites entreprises ont historiquement peu recours à des graphistes, faute de budget, mais aussi parce qu’elles ne savent pas toujours comment formuler une commande ni travailler avec un illustrateur.
Ce qui a changé, ce sont les outils. En trois ans et demi, les modèles génératifs sont devenus plus convaincants, surtout parce qu’ils savent désormais intégrer du texte sur une image de façon fiable. Avant, il fallait souvent passer par un autre logiciel. Là, tout arrive d’un coup, à n’importe quelle heure, sans aller-retour avec un prestataire. Résultat ? Un usage qui explose, même si les graphistes voient dans cette évolution une menace pour leur métier.
Les codes visuels qui trahissent la machine
Ces affiches se repèrent assez vite. On retrouve souvent de grosses polices colorées sur fond sombre, des éléments empilés jusqu’à saturer l’espace, une écriture manuscrite façon marqueur, des capitales légèrement obliques et des images très figuratives, parfois presque trop parfaites. Côté couleurs, le trio noir, blanc et jaune revient souvent.
Dans un restaurant du Val-de-Marne, Jérémy, prénom modifié, raconte qu’ils ont commencé il y a quelques mois. Selon lui, c’est pratique, il suffit de décrire ce qu’on veut, d’affiner un peu, puis d’envoyer le visuel à l’impression. Il estime aussi que cela ne remplace pas vraiment un graphiste, puisque l’alternative aurait souvent été une simple ardoise noire ou une photo libre de droit.
Une esthétique critiquée, mais peut-être durable
Tout n’est pas réglé pour autant. Les images sont en principe libres de droits, mais Anthony Masure rappelle que cela peut devenir plus sensible pour un logo d’entreprise. Le sujet dépasse d’ailleurs la seule affiche, certaines plateformes de livraison ayant été accusées de remplacer, sans prévenir les restaurateurs, des photos de plats par des versions générées par IA.
Bon, le plus intéressant est peut-être ailleurs. Jérémy dit n’avoir reçu aucune remarque de clients, qui regardent surtout la carte, les prix et l’ambiance. Et Anthony Masure invite à prendre du recul. Les montages sur Paint ont fini par paraître presque authentiques, la sérigraphie aussi a changé de statut avec le temps. Selon lui, ces visuels pourraient devenir l’esthétique des années 2020. Dans son école, l’enseignement de l’IA n’est d’ailleurs plus tabou, à condition d’en faire un outil d’accompagnement de la création.