Créations d’entreprises, le paradoxe français bat un record

Malgré une croissance faible, un chômage en hausse et des défaillances élevées, les créations d’entreprises ont atteint en septembre un sommet inédit en France.

Bureau avec simulation de SASU
Image d'illustration. La création d’entreprise évolue en 2026. — ADN

En bref

  • Septembre établit un record de créations
  • Le numérique tire fortement la hausse
  • L’économie française reste pourtant fragile

En septembre, la création d’entreprises a atteint un niveau jamais vu en France depuis le début du suivi statistique en 2000. C’est le genre de chiffre qui accroche, surtout parce qu’il surgit dans une période où la croissance patine et où le chômage remonte.

Un sommet inédit depuis le début des mesures

Le mois dernier, l’Insee a comptabilisé 119.307 entreprises créées, en données corrigées des variations saisonnières et des effets des jours ouvrables. Cela représente une hausse de 1,1 % sur un mois, après déjà 7,2 % en août, qui avait lui aussi marqué un record.

Dans le détail, les entreprises individuelles classiques continuent d’accélérer, avec +11,6 % après +10,5 %. Les créations de sociétés progressent aussi, à +5,0 % après +3,5 %. À l’inverse, les immatriculations de microentrepreneurs, qui pèsent tout de même les deux tiers du total, reculent de 1,6 % après une forte hausse de 8,1 % en août.

Des secteurs avancent, d’autres décrochent

Tout le tissu économique ne bouge pas au même rythme. Les créations augmentent notamment dans le soutien aux entreprises (+4,1 %) et dans le commerce (+4,0 %), tandis qu’elles reculent dans l’industrie (-5,1 %) ainsi que dans les transports et l’entreposage (-3,6 %).

Le mouvement le plus net se voit ailleurs. Sur les trois derniers mois, le secteur de l’information-communication affiche 55 % de créations en plus par rapport à la même période de 2025. Vu la place croissante des services numériques dans l’économie, ce n’est pas un détail.

Autre signal relevé par l’Insee, la hausse des entrepreneurs individuels classiques sur trois mois est jugée inhabituelle. Elle est portée notamment par la vente à domicile, avec 3.500 créations supplémentaires.

Une vitalité qui contraste avec l’état de l’économie

Depuis janvier, la France a enregistré 971.803 créations d’entreprises. C’est 13 % de plus que sur les neuf premiers mois de 2025. Le chiffre est massif. Mais il ne raconte pas, à lui seul, l’état de l’économie.

Car en face, le tableau reste sombre. L’Insee anticipe une croissance du PIB limitée à 0,4 % cette année, un niveau inférieur à celui des voisins de la France dans la zone euro. Le chômage a atteint 8,3 % au deuxième trimestre, son plus haut niveau depuis 2020.

Et les défaillances d’entreprises restent élevées. À fin août, elles s’établissent à 70.766 sur douze mois, soit près de 20 % au-dessus de leur moyenne de 2010 à 2019. Début octobre, la Banque de France reliait ce niveau à une conjoncture dégradée. En gros, le pays crée beaucoup d’entreprises, mais cela ne suffit pas encore à effacer la fragilité du moment. C’est là que ce record prend tout son relief.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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