Ce patient paralysé retrouve sa voix grâce à un implant cérébral

Aux États-Unis, un homme atteint de SLA communique à nouveau avec ses proches grâce à un implant cérébral capable de transformer ses pensées en paroles.

Cette image illustre des modèles de cerveau multicolores qui mettent en valeur la santé cognitive, éclairés doucement pour accentuer leurs détails uniques.
Image d'illustration. Gros plan de modèles de cerveau colorés démontrant la santé cognitive — ADN
  • Un implant traduit les pensées en parole
  • Le patient retrouve une voix proche de l’ancienne
  • L’essai clinique reste encore expérimental

Entendre à nouveau une voix qu’une maladie avait presque effacée, c’est le cœur de cette avancée. Aux États-Unis, Casey Harrell, 47 ans, atteint d’une forme avancée de SLA, peut désormais communiquer grâce à un implant cérébral expérimental qui convertit ses tentatives de parole en texte, puis en voix numérique.

Une voix qui revient dans le cercle familial

Le point le plus marquant n’est pas seulement technique. La voix synthétique utilisée par le système a été conçue pour ressembler à celle de Casey Harrell avant la maladie.

Par ce dispositif, il a raconté qu’il était très émouvant de regarder sa femme lorsqu’elle entend sa voix, parce que cela faisait revenir un souvenir, et que cela lui permettait aussi de montrer à sa fille, qui ne s’en souvient presque pas, à quoi il parlait autrefois. Il a aussi expliqué que cette technologie lui permettait de rester relié à sa vie d’être humain.

Comment l’implant transforme une intention en texte

Concrètement, le système repose sur une chirurgie dans une zone précise du cerveau. Des réseaux d’électrodes y détectent l’activité neurologique liée à une tentative de parole, même sans mouvement de la bouche.

Les signaux sont ensuite envoyés vers un décodeur externe qui affiche le texte en temps réel sur un écran. Casey Harrell se déplace dans l’interface avec le regard, matérialisé par un curseur blanc circulaire, et peut aussi valider par la pensée. Depuis près de deux ans, son cerveau est relié à ce décodeur de manière continue.

Une autonomie bien plus large que la seule conversation

Le dispositif demande encore un peu d’installation le matin, avec l’aide d’un soignant. Mais le matériel, fixé sur un chariot mobile, peut l’accompagner toute la journée.

Et l’usage dépasse la parole. Casey Harrell peut envoyer des messages, écrire des e-mails, naviguer sur internet et conserver un emploi à temps plein malgré la paralysie. Au début, il ne pouvait s’en servir qu’avec l’appui des chercheurs. Après plusieurs ajustements, il l’utilise maintenant presque seul, depuis son domicile. Il garde aussi le contrôle de son silence grâce à un mode confidentialité, qui empêche l’enregistrement de certaines sessions.

Des résultats encore expérimentaux, mais un cap semble franchi

L’essai clinique, baptisé BrainGate 2, est mené par l’Université de Californie à Davis, avec Brown University et le Mass General Brigham Neuroscience Institute. Il vise à évaluer la sécurité et la faisabilité d’une interface cerveau-ordinateur chez des personnes souffrant d’une paralysie sévère, de troubles majeurs de la parole ou d’une incapacité à utiliser leurs mains.

Les chiffres donnent une idée du chemin parcouru. Casey Harrell a produit plus de 183 000 phrases et près de 2 millions de mots. Il a utilisé le système plus de 400 jours, pour un total dépassant 3 800 heures, avec une vitesse moyenne d’environ 56 mots par minute. Selon les résultats publiés dans Nature Medicine, le programme est correct ou au moins largement correct dans 92 % des cas.

Pour le neurochirurgien David Brandman, les interfaces cerveau-ordinateur vivaient jusqu’ici surtout dans des laboratoires très contrôlés, et ce travail montre qu’un seuil a peut-être été franchi. Même constat chez Nicholas Card, qui souligne que Casey Harrell peut s’en servir quand il le souhaite, parfois plus de 12 heures d’affilée. Avec 26 autres participants déjà inclus, l’enjeu maintenant est clair, affiner cette technologie pour qu’elle sorte durablement du cadre expérimental.