Cancer colorectal : la coloscopie reste la référence malgré tout

À partir de 45 ans, le dépistage du cancer colorectal reste crucial. Tests sanguins et selles progressent, mais la coloscopie garde un net avantage.

Ruban bleu cancer 1
Image d'illustration. Ruban bleu, symbole de la lutte contre les cancers du colon et de la prostate. — ADN

En bref

  • Le dépistage commence en général à 45 ans
  • La coloscopie reste l’examen de référence
  • Test positif = coloscopie indispensable ensuite

À partir de 45 ans, le dépistage du cancer colorectal est recommandé. Pourtant, pas mal de personnes concernées ne le font toujours pas, souvent parce que la coloscopie leur paraît lourde, coûteuse, gênante ou douloureuse.

À 45 ans, le vrai sujet reste le dépistage

Le fond du dossier est simple. Dans le gros intestin, des cellules peuvent former des polypes, qui peuvent ensuite évoluer en cancer. Les repérer tôt permet de les retirer avant qu’ils ne deviennent cancéreux.

Robert Schoen, gastro-entérologue à UPMC et professeur de médecine à l’University of Pittsburgh, résume l’idée ainsi : « Le meilleur cancer, c’est celui qu’on n’attrape pas. Pas seulement celui qui se traite facilement, mais celui qui n’apparaît jamais. »

Pourquoi la coloscopie garde une longueur d’avance

La coloscopie reste la référence, parce qu’elle ne sert pas seulement à voir. Elle permet aussi d’enlever les polypes pendant l’examen, ce qui réduit directement le risque de cancer. Pour Robert Schoen, c’est en quelque sorte un guichet unique : si des polypes sont là, ils sont retirés sur place.

Mais l’examen a ses contraintes. Il faut d’abord vider le côlon avec une préparation intestinale, suivre un régime liquide et prendre des laxatifs. Pendant la procédure, un tube fin avec caméra est introduit par l’anus. Une sédation est souvent nécessaire, ce qui impose généralement de rentrer accompagné et peut faire perdre une journée de travail. Si tout est normal, le prochain contrôle peut attendre 10 ans.

Le coût peut aussi freiner. Les assurances privées et Medicare doivent couvrir le dépistage à partir de 45 ans, mais des frais supplémentaires peuvent s’ajouter en cas de biopsie ou de retrait de polypes.

Les tests sur selles, plus simples mais incomplets

Pour ceux qui refusent la coloscopie, il existe des tests à domicile sur les selles. On trouve notamment le FIT, le gFOBT, Cologuard et ColoSense. Certains recherchent des traces de sang, d’autres des marqueurs ADN ou ARN associés à des polypes ou à des tumeurs. Dans tous les cas, l’échantillon doit partir au laboratoire.

C’est plus simple, oui. Mais il faut recommencer ces tests tous les un à trois ans, et ils peuvent manquer certains polypes. Surtout, si le résultat est positif, une coloscopie devient nécessaire. Robert Schoen dit observer de nombreux cas où ce suivi n’est finalement pas fait, ce qui fait perdre une partie du bénéfice du dépistage.

Les prises de sang élargissent l’accès, pas le niveau de protection

La FDA a aussi validé deux tests sanguins, Epi proColon et Shield. Selon Pashtoon Kasi, directeur médical en oncologie digestive à City of Hope Orange County, ils repèrent dans le sang l’ADN relâché par des cellules cancéreuses ou précancéreuses.

L’intérêt est évident: pas de préparation intestinale, pas de régime particulier, et le prélèvement peut être fait en clinique ou chez le médecin traitant. Pour des patients qui ne feraient rien autrement, c’est utile. Mais, là encore, un résultat positif impose une coloscopie. Et ces tests restent moins performants : d’après Robert Schoen, ils ne détectent qu’environ 12 à 13% des polypes avancés.

Le bon test dépend surtout de ce que vous ferez vraiment

Le choix dépend du coût, de la couverture, du rythme des contrôles et du niveau de risque. Un FIT doit être fait chaque année, là où une coloscopie normale espace le suivi sur dix ans. Et avec des antécédents familiaux ou d’autres facteurs de risque, il peut falloir commencer avant 45 ans.

Pour Reid M. Ness, gastro-entérologue à la Vanderbilt University School of Medicine, le bon test est aussi celui que le patient ira vraiment faire, puis suivra jusqu’au bout. C’est sans doute là que tout se joue : les alternatives existent, mais elles ne remplacent pas le parcours complet.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

X Tous ses articles →
Sujets
Cancer Colon Diagnostic

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.