Après 50 ans, un mauvais sommeil pourrait écourter la vie au travail

Une étude finlandaise relie les troubles du sommeil après 50 ans à une carrière plus courte. Dormir très longtemps ressort aussi comme un signal défavorable.

Homme senior sommeil lit
Image d'illustration. Homme senior sommeil lit — ADN

En bref

  • Après 50 ans, le sommeil pèse sur la carrière
  • Troubles modérés ou sévères réduisent le temps travaillé
  • Dormir 9 heures ou plus ressort aussi

On parle souvent de retraite plus tardive, beaucoup moins de sommeil. Pourtant, c’est bien l’un des fils discrets qui peuvent raccourcir une vie professionnelle après 50 ans, d’après une étude publiée dans Occupational et Environmental Medicine.

Dans plus de la moitié des pays de l’OCDE, l’âge légal de départ a augmenté avec le vieillissement de la population. L’idée est simple, rester plus longtemps sur le marché du travail. Mais les chercheurs ont voulu regarder un angle encore peu exploré, le lien entre qualité du sommeil et nombre moyen d’années passées à travailler entre 50 et 68 ans.

Le sommeil entre dans l’équation du travail après 50 ans

L’étude s’intéresse à ce qu’on appelle l’espérance de vie professionnelle. En gros, il s’agit du temps moyen pendant lequel une personne peut espérer rester en emploi à partir d’un âge donné.

Saana Myllyntausta, de l’Université de Turku en Finlande, a cherché à savoir si un sommeil correct pouvait, lui aussi, peser sur cette durée. Pas seulement les départs anticipés ou les sorties pour raisons de santé, déjà documentés, mais ce paramètre du quotidien qu’on sous-estime souvent.

Deux grandes cohortes finlandaises passées au crible

Les résultats reposent sur deux études observationnelles finlandaises. La première, FPS, a suivi 70.339 salariés du secteur public entre 2000 et 2016, avec 80% de femmes. La seconde, HeSSup, a porté sur 6.071 adultes en âge de travailler entre 1998 et 2013, dont 54% de femmes.

Les données sur le sommeil viennent du premier questionnaire rempli après 50 ans. Les nuits ont été classées en trois groupes, moins de 7 heures, 7 à 8 heures, puis 9 heures ou plus. Les troubles retenus couvraient les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes, les réveils trop précoces et le sommeil non réparateur, sur les quatre semaines précédentes. La participation au marché du travail a ensuite été mesurée via le registre tenu par le Centre finlandais des pensions.

Des mois de travail en moins chez les mauvais dormeurs

Le signal est net. Par rapport aux personnes sans trouble du sommeil, celles qui en déclarent de niveau modéré peuvent espérer travailler près de 5 mois de moins. Pour les troubles sévères, l’écart grimpe à 8 mois.

Sans trouble déclaré, l’espérance de vie professionnelle atteint 13 ans et 5 mois. Elle passe à 13 ans avec des troubles modérés, puis à 12 ans et 10 mois avec des troubles sévères.

Côté durée, dormir 9 heures ou plus par nuit ressort aussi mal. Dans FPS, ce profil est associé à 12 ans et 5 mois de vie professionnelle, contre 13 ans et 2 mois pour les dormeurs courts ou moyens. Et face au groupe dormant 7 à 8 heures, le sommeil long correspond à environ 9 mois de travail en moins dans FPS, et un peu plus de 30 mois de moins dans HeSSup. En revanche, pas de différence claire entre sommeil court et sommeil moyen.

Un écart social net derrière les chiffres

Les situations les plus favorables concernent les femmes occupant des emplois professionnels et ne signalant pas de troubles du sommeil, avec presque 14 années de vie professionnelle à 50 ans. À l’autre bout, les hommes dans des emplois routiniers avec troubles sévères tombent à presque 12 ans et demi.

L’écart social traverse l’ensemble des résultats. Les profils les plus favorisés cumulent niveau d’éducation ou emploi plus qualifié et sommeil sans alerte majeure. Les plus défavorisés additionnent travail routinier ou faible niveau d’études avec troubles sévères ou sommeil long. Saana Myllyntausta estime ainsi que mieux prendre en charge la santé du sommeil à la cinquantaine pourrait compter tout particulièrement pour les personnes au statut socioéconomique plus faible.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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