Airbags Takata : un distributeur auto français poursuivi, une première pour blessures involontaires

Pour la première fois en France, un distributeur automobile a été mis en examen dans l’affaire des airbags Takata défectueux, après des blessures survenues lors d’un accident impliquant un véhicule équipé de ces dispositifs de sécurité controversés.

Capture en grand angle de l'intérieur d'une voiture montrant le volant et les airbags dans leur contexte.
Image d'illustration. Intérieur de voiture grand angle — ADN

Tl;dr

  • Première mise en examen en France liée aux airbags Takata.
  • Un distributeur automobile réunionnais accusé de négligence.
  • 1,7 million de véhicules interdits de circuler, danger persistant.

Un scandale industriel qui ne faiblit pas

Depuis plus d’une décennie, l’affaire des airbags défectueux Takata, conçus par l’ex-fleuron japonais, secoue l’industrie automobile mondiale. Le bilan est lourd : au moins 18 morts rien qu’en France. Dernier rebondissement : à la suite d’un nouveau rappel lancé fin juin, près de 1,7 million de véhicules sont désormais frappés d’une interdiction de circuler tant que leur dispositif n’aura pas été remplacé.

Mise en examen inédite à La Réunion

Pour la première fois sur le territoire national, une mise en examen pour blessures involontaires a été décidée dans ce dossier brûlant. C’est à Saint-Pierre de La Réunion, le 27 mars dernier, qu’un juge d’instruction a choisi de poursuivre le distributeur Leal Réunion. En cause : la société aurait manqué à ses obligations de sécurité et de prudence après avoir laissé rouler une BMW 318i équipée d’un airbag susceptible d’exploser. L’accident survenu le 6 mai 2020 a laissé un automobiliste grièvement blessé au visage après une projection provoquée par l’airbag. Malgré les accusations, Leal Réunion nie toute responsabilité directe.

Lenteurs et incertitudes autour des rappels

Interrogé sous serment, un responsable du groupe réunionnais admet avoir agi tardivement : « C’est vrai… Je n’avais pas (ses) coordonnées ». Le dirigeant évoque aussi des obstacles concrets : absence du fichier client après la reprise du circuit BMW local en 2013, succession rapide des propriétaires du véhicule accidenté et contexte difficile lors du confinement Covid-19. Toutefois, selon une expertise judiciaire versée au dossier, les actions concrètes d’avertissement n’ont réellement débuté qu’« à partir de juillet 2020 », soit après l’incident. Ce délai a ainsi « entraîné une perte de chance pour la victime ».

Voici quelques-uns des points mis en avant par la défense :

  • Difficultés à contacter tous les détenteurs concernés.
  • Informations partielles sur la dangerosité réelle à l’époque.
  • Soutien jugé insuffisant des pouvoirs publics.

Plaidoirie et perspectives judiciaires

Face à cette inertie critiquée, Leal Réunion cherche aujourd’hui à obtenir un statut moins exposé, celui de témoin assisté devant la cour d’appel de Saint-Denis. Leur avocat, Me Guillaume Martine, promet de démontrer que tout ce qui était possible fut tenté pour prévenir les risques malgré « des entraves diverses… y compris du côté des pouvoirs publics alors peu mobilisés ». Reste que ce dossier illustre crûment les difficultés à garantir la sécurité des automobilistes face aux failles industrielles et aux chaînes complexes de responsabilité.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
France Sécurité Voiture

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.