En bref
- L’EBU cible les plans jugés sexualisants
- Des athlètes femmes soutiennent la mesure
- Les Europe commencent à Birmingham
Ce que plusieurs athlètes demandent est simple, être filmées pour leur performance, pas pour des images jugées suggestives. À quelques heures du début des championnats d’Europe d’athlétisme à Birmingham, ce rappel prend un relief particulier.
Des consignes pour cadrer autrement
Mi-juillet, l’Union européenne de radio-télévision, l’EBU, a diffusé des recommandations à destination des chaînes qui couvrent l’athlétisme. L’idée, éviter les plans qui sexualisent inutilement les sportives et recentrer la réalisation sur le sport.
Dans le viseur, les plans trop longs sur certaines parties du corps, les contre-plongées montrant des angles intimes, ou encore des ralentis jugés excessifs quand ils n’apportent rien, ni sur le plan technique ni sur le plan narratif. L’EBU cite des situations très courantes, par exemple une sauteuse en hauteur filmée au ralenti au moment du franchissement, une relayeuse cadrée en gros plan de dos avec le témoin en main, ou une athlète filmée en contre-plongée pendant un échange avec son entraîneur.
L’organisation estime que ces choix d’image pèsent sur la perception du public. Ils détournent l’attention des exploits et des qualités techniques, tout en entretenant des stéréotypes sexistes.
Les athlètes disent leur malaise
Dans une discipline où la majorité des personnes derrière les caméras sont des hommes, ces recommandations ont été bien accueillies par plusieurs concurrentes. Mais elles ont aussi entraîné, sur les réseaux sociaux, une vague de réactions sexistes, parfois graveleuses, sur l’intérêt supposé du sport féminin à l’écran.
Interrogée à Londres par l’AFP, la sprinteuse britannique Amy Hunt juge que beaucoup n’ont pas compris le sens du dispositif. Elle raconte qu’avec des technologies de plus en plus intrusives, une caméra avait même été placée jusque dans les starting-blocks, un niveau de proximité qu’elle et d’autres athlètes avaient trouvé gênant.
Pour elle, le sujet n’est pas la tenue. « On ne devrait pas avoir à changer la façon dont on s’habille pour se sentir à l’aise », dit-elle, en défendant des vêtements qui lui permettent de se sentir rapide et puissante.
Le cas Marie-Julie Bonnin, entre symbole et dérive
La perchiste française Marie-Julie Bonnin, engagée à Birmingham, tient le même cap. En athlétisme, les femmes peuvent choisir entre legging, short, culotte, brassière ou débardeur. Elle rappelle d’ailleurs que le bloomer garde une dimension symbolique dans le milieu, presque un marqueur du haut niveau.
Mais porter cette tenue n’autorise pas tout. « Je fais du sport et je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses », tranche-t-elle. Elle dit aussi avoir vu en ligne des compilations d’images la concernant, ainsi que des détournements facilités par l’IA, un point qui la touche directement.
Sur Instagram, Marie-Julie Bonnin avait déjà salué les recommandations en expliquant être tombée sur des montages publiés sur YouTube et sur des commentaires sexistes après la diffusion d’une photo par un meeting. Elle raconte avoir parfois écrit aux organisateurs ou aux photographes pour demander des suppressions.
Pourquoi le sujet dépasse la seule réalisation télé
Le débat ne porte pas seulement sur un cadrage maladroit. Il touche à la manière dont le sport féminin est montré, donc regardé. Et, en creux, à ce que l’on choisit de mettre en avant alors qu’une compétition a débuté, ce lundi 10 août, à Birmingham.