YouTube, nouvel eldorado de l’horreur… mais surtout pour les réalisateurs masculins

Image d'illustration. Shelby OaksPaper Street Pictures / PR-ADN
L’essor de YouTube bouleverse la création cinématographique dans le genre de l’horreur, offrant une nouvelle vitrine aux réalisateurs. Toutefois, cette révolution semble largement profiter aux hommes, accentuant les inégalités de genre déjà présentes dans l’industrie.
Tl;dr
- Le passage de YouTube vers Hollywood dans le cinéma d’horreur crée une nouvelle voie de succès, mais elle reste largement réservée à une minorité, surtout masculine.
- Cette inégalité est renforcée par des obstacles structurels : sous-représentation des femmes réalisatrices, stigmatisation des créatrices et effets des algorithmes et de la culture YouTube.
- Malgré l’image d’un web démocratique, l’accès au « pipeline » créatif reste biaisé par des contraintes économiques, sociales et culturelles qui limitent fortement l’égalité réelle.
Un pipeline prometteur… mais terriblement inégalitaire
Les récents succès issus de la sphère YouTube dans le cinéma d’horreur ont captivé l’industrie : de David F. Sandberg, repéré grâce à Lights Out, aux frères Philippou (Talk to Me) ou encore Kyle Edward Ball et son phénomène Skinamarink. Le parcours de figures comme Chris Stuckmann, dont Shelby Oaks a battu des records sur Kickstarter, illustre cette nouvelle voie vers Hollywood. Mais à y regarder de plus près, cette réussite fulgurante masque une réalité : le passage du web à l’écran reste réservé à une minorité, principalement masculine.
Une arène biaisée dès le départ
Derrière les projecteurs, la plateforme renforce en fait des obstacles préexistants. L’accès même au statut de YouTuber reconnu n’est pas aussi ouvert qu’il y paraît. Un récent rapport du USC Annenberg Inclusion Initiative souligne que sur les cent films américains ayant généré le plus de recettes, seules neuf réalisatrices étaient aux commandes en 2023, soit à peine 8,1%, un recul alarmant par rapport à l’année précédente. L’ironie veut que le genre horrifique, réputé plus accessible aux femmes faute d’exigences budgétaires, demeure pourtant dominé par des hommes propulsés par YouTube.
Cultures et algorithmes : une double peine pour les femmes créatrices
Ce déséquilibre ne tient pas seulement aux mentalités persistantes dans les studios. La culture propre à YouTube amplifie le problème. Les « YouTubers » sont souvent perçus comme amateurs, une stigmatisation qui touche doublement les femmes. Or, si la plateforme promeut la diversité créative, elle favorise en réalité celles et ceux capables de produire sans relâche des vidéos longues, exigeant temps et stabilité économique, deux ressources dont beaucoup de femmes disposent moins en raison des inégalités structurelles. Pire encore : le document interne du géant MrBeast, devenu viral récemment, consacre la toute-puissance d’une équipe masculine, écartant implicitement les créatrices.
Voici quelques difficultés supplémentaires auxquelles se heurtent les femmes :
- L’algorithme valorise les contenus masculins ou conformes aux clichés dominants.
- Elles subissent un taux de harcèlement bien supérieur, selon #HerNetHerRights, jusqu’à 27 fois plus que leurs homologues masculins.
- Elles doivent constamment justifier leur légitimité avant même d’être jugées sur leur travail.
L’illusion démocratique du web créatif
Face à ce constat, difficile d’y voir une réelle démocratisation. Certes, des exceptions comme Mark Fischbach, qui a auto-distribué Iron Lung, montrent qu’une percée est possible hors circuit classique, mais elles restent rares et ne font que souligner la règle. Tant que l’accès au pipeline restera verrouillé derrière des barrières invisibles mais puissantes, culturelles, algorithmiques ou économiques, parler d’égalité ou même d’équité relève davantage du vœu pieux que de la réalité factuelle. Il serait temps que l’industrie cesse de se raconter des histoires sur sa supposée ouverture numérique.