En bref
- Dark City suit un homme amnésique qui découvre que son monde est une illusion contrôlée, sur une idée proche de Matrix.
- Malgré un bon accueil critique, le film échoue au box-office, victime d’un mauvais positionnement marketing et d’une forte concurrence.
- Avec le temps, Dark City est devenu un film culte de science-fiction, apprécié pour son univers sombre et visionnaire.
Deux films peuvent raconter presque la même obsession, et pourtant ne pas jouer dans la même ligue au box-office. C’est exactement ce qui est arrivé à Dark City, sorti en 1998, un an avant Matrix.
Même idée, destin opposé
Réalisé par Alex Proyas, Dark City suit John Murdoch, incarné par Rufus Sewell, un homme amnésique soupçonné de meurtre. En cherchant son identité, il découvre aussi la vérité sur les Strangers et sur le monde dans lequel il vit. Au casting, on retrouve aussi Kiefer Sutherland, Jennifer Connelly, Richard O’Brien, Ian Richardson et William Hurt.
Le film a été bien reçu par la critique, mais il a à peine remboursé sa mise. Résultat, il est resté dans la catégorie des œuvres de science-fiction que les fans de genre et les cinéphiles défendent encore, pendant que Matrix devenait un phénomène culturel. Le contraste est rude.
Le problème n’était pas l’idée, mais la manière
Sur le fond, la parenté entre les deux films saute aux yeux. Dans les deux cas, un homme ordinaire découvre que la réalité qu’il croyait connaître est manipulée par une force extérieure, avec une humanité coincée dans une forme de simulation.
Mais Dark City choisit une voie bien plus sombre. Le rythme est plus lent, l’ambiance plus noire, l’action plus discrète, presque étouffée par son esthétique de film noir. Le studio a même imposé une narration d’ouverture qui révélait une partie du mystère, par crainte que le public ne décroche face à une histoire jugée trop complexe. Mauvais calcul.
En face, Matrix avançait avec une lecture plus directe. Un héros facile à suivre, un affrontement clair entre humains et machines, une mise en scène nerveuse et des séquences d’action immédiatement mémorables. Là, on parle d’un film pensé pour embarquer bien au-delà du public pur SF.
Un marketing flou, puis Titanic en travers de la route
L’autre gros souci, c’est la promotion. Le studio n’a jamais vraiment su comment vendre Dark City. Au départ, le film a été présenté comme une œuvre d’horreur, ce qui l’éloignait de son vrai public. Et les bandes-annonces restaient vagues, sans donner une idée claire de ce que le spectateur allait voir.
Comme si ça ne suffisait pas, sa sortie du 27 février 1998 tombait pendant la domination de Titanic au box-office. Difficile d’exister dans cette fenêtre-là.
Pendant ce temps, Warner Bros. Pictures jouait une carte bien plus efficace avec Matrix. Le studio a entretenu le mystère autour du récit et s’est appuyé sur internet, encore peu utilisé à l’époque pour lancer un film. Le buzz a pris. Et fort.
Pourquoi le film compte encore aujourd’hui ?
Même sans triomphe commercial, Dark City a laissé une trace concrète. Les scènes de poursuite sur les toits au début de Matrix ont été tournées sur les mêmes décors extérieurs. Et plusieurs techniciens des effets visuels passés par Dark City ont ensuite travaillé sur Matrix, avec à la clé une vraie continuité esthétique.
Et puis il y a le film lui-même. Son approche plus mystérieuse, plus lente, plus noire du concept de simulation garde une vraie personnalité. Ce n’est pas le clone raté de Matrix, c’est une autre branche de la même idée. Et franchement, elle mérite mieux que l’oubli. Le film est actuellement disponible sur Roku.