Vivre seul coûte plus cher, et le célibat pèse sur le budget

En France, vivre seul revient nettement plus cher qu’à deux. Logement, courses, factures, séparation : le célibat accentue une fragilité déjà bien installée.

Clé logement
Image d'illustration. Clé logement — ADN

En bref

  • Vivre seul coûte 27 % plus cher
  • Le logement pèse deux fois plus
  • Les femmes seules restent les plus exposées

En France, un célibataire doit dépenser en moyenne 27 % de plus qu’une personne en couple sans enfant pour atteindre le même niveau de vie. Le chiffre de l’Insee dit presque tout. Derrière, il y a une réalité très simple, vivre seul coûte cher, parfois trop cher.

Le logement, premier accélérateur de l’écart

C’est le poste qui écrase le reste. Pour une personne seule, le logement absorbe en moyenne 28 % du budget total, contre 14 % pour un couple. L’Insee note aussi qu’à deux, on ne paie en moyenne qu’1,3 fois le prix d’un logement occupé seul.

À Lyon, Thomas, 33 ans, explique payer 800 euros aujourd’hui pour 38 m², contre 500 euros quand il vivait à deux dans 45 m². Même mécanique à Paris pour Justine, 28 ans, restée chez ses parents faute de pouvoir louer seule sans rogner sur tout le reste.

Le constat dépasse les cas individuels. Pour Philippe Moati, de l’Observatoire société et consommation, la hausse continue des prix du logement explique une grande part de la paupérisation des célibataires. Et la tendance s’installe, la part des logements occupés par une seule personne est passée de 27 % en 1990 à 37 % en 2025.

Courses, abonnements, factures, la vie seule paie plein tarif

Le couple mutualise. La personne seule, elle, paie souvent plein pot. Au supermarché, les portions individuelles coûtent en moyenne 52 % plus cher que les formats familiaux. Même logique pour certaines offres de loisirs ou d’abonnement.

Exemple parlant, la carte UGC Illimité Solo est à 23,90 euros par mois, contre 39,90 euros en duo. Chez Netflix, le forfait standard permet deux écrans dans le même foyer, au même prix pour une personne seule ou pour un couple. Bon, vu de près, l’addition grimpe vite.

Stéphanie, installée dans le sud de la France, résume cette pression budgétaire. Chaque achat devient un arbitrage. L’économiste Oriane Lanseman, de l’Université de Lille, rappelle que les dépenses contraintes, alimentation, assurance, mobile ou logement, ont explosé. Leur poids dans les budgets est passé de 17 % à 35 %, toujours selon l’Insee.

Séparation, pauvreté, familles monoparentales, le vrai déséquilibre

On le voit aussi lors des ruptures. L’année d’une séparation, le niveau de vie médian des femmes baisse d’environ 18 % à 22 %, contre 3 % à 8 % pour les hommes, selon l’Insee. Le célibat n’agit donc pas seul, il révèle aussi des écarts de revenus déjà là.

Sans enfant, 12,8 % des personnes seules vivent sous le seuil de pauvreté, contre 4 % des couples. Avec enfants, l’écart devient massif, 33 % pour les familles monoparentales, contre 7,1 % pour les couples avec enfants. Louis Maurin, de l’Observatoire de la pauvreté, rappelle que ces familles sont très majoritairement composées de mères, environ 97 % des cas.

Pour Milan Bouchet-Valat, de l’Institut national d’études démographiques, les revenus les plus modestes sont aussi moins souvent en couple. Et pour Oriane Lanseman, le fond du problème est ailleurs, les revenus sont trop faibles pour vivre décemment seul, sans oublier que la hausse du célibat peut aussi traduire l’émancipation des femmes ou la sortie de relations violentes.

Des stratégies d’adaptation qui disent aussi un manque politique

Du coup, les ménages bricolent. La colocation progresse à tous les âges pour retrouver des économies de vie à plusieurs. Les demandes de locations ont augmenté de 30 % en 2025. Et davantage d’adultes restent chez leurs parents plus longtemps.

Pour plusieurs observateurs, les politiques publiques restent encore pensées avec le couple comme norme implicite. C’est sans doute là que le sujet devient plus large qu’une simple question de mode de vie, si vivre seul devient courant, mais reste économiquement pénalisant, c’est toute l’organisation sociale qui accuse un temps de retard.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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