Vers des mesures de rétorsion sans précédent de l’UE contre Israël : une issue possible ?

Face à la poursuite du conflit au Proche-Orient, l’Union européenne débat de potentielles sanctions sans précédent à l’encontre d’Israël. Mais l’hypothèse d’une telle décision fait l’objet de fortes divisions parmi les États membres.

Paysage calme des maisons parmi les arbres et les collines en Israël
Image d'illustration. Paysage tranquille en israël — ADN

Tl;dr

  • L’UE propose des sanctions inédites contre Israël.
  • Adoption difficile à cause de désaccords entre États membres.
  • Impact potentiel sur les exportations israéliennes, surtout agricoles.

Des sanctions européennes qui peinent à s’imposer

La situation à Gaza continue d’inquiéter la Commission européenne, qui a dévoilé le mercredi 17 septembre 2025 une proposition de sanctions contre Israël. Ces mesures, qualifiées d’« inédites » depuis le début du conflit avec le Hamas, visent essentiellement à améliorer les conditions humanitaires dans l’enclave palestinienne.

Mais à Bruxelles comme dans les autres capitales européennes, le consensus paraît bien loin.

Les enjeux d’une réponse collective divisée

Concrètement, l’exécutif européen souhaite sanctionner non seulement deux ministres israéliens d’extrême droite – Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich – mais aussi plusieurs colons considérés comme « extrémistes » en Cisjordanie.

À cette liste s’ajoutent une dizaine de hauts responsables du Hamas, désignés pour leur implication dans l’attaque du 7 octobre 2023. Pourtant, ces propositions, déjà évoquées sans succès à l’été 2024 faute d’accord unanime entre les Vingt-Sept, risquent fort de rester lettre morte.

Du côté israélien, la réaction n’a pas tardé : un avertissement sans ambiguïté a été adressé à Bruxelles. Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a prévenu dans une lettre adressée à la présidente de la Commission que toute pression par des sanctions se heurterait à une « réponse appropriée ».

L’agriculture en ligne de mire et un impact limité

Si par miracle les pays de l’UE trouvaient un terrain d’entente, les conséquences toucheraient principalement les exportations agricoles israéliennes. La Commission propose en effet d’annuler toutes les réductions ou exemptions tarifaires dont bénéficient aujourd’hui certains produits importés. Ainsi, près de 37% des exportations israéliennes vers l’Europe – soit environ 15,9 milliards d’euros – pourraient être soumises à des droits de douane pouvant grimper jusqu’à 40%, en particulier pour les fruits et produits dérivés.

Pour mieux cerner l’impact financier estimé, voici ce qu’il ressort des chiffres communiqués :

  • Surtaxe annuelle attendue : environ 227 millions d’euros pour les importateurs européens.
  • Aide bilatérale suspendue : une vingtaine de millions d’euros retirés côté israélien.

L’unanimité impossible ?

Reste une difficulté majeure : ces sanctions ne seront adoptées qu’à condition d’obtenir l’unanimité des États membres – or plusieurs voix discordantes subsistent. L’opposition persistante de la Hongrie, ajoutée aux réserves affichées par l’Allemagne ou l’Italie, rend tout accord hautement improbable. Même pour les mesures commerciales requérant seulement une majorité qualifiée, le rapport de force semble figé. Pendant ce temps, la présidente Ursula von der Leyen, fidèle à son engagement devant le Parlement européen, maintient que « la famine causée par l’homme ne peut jamais servir d’arme de guerre ».

Au final, malgré la gravité de la crise humanitaire à Gaza et la détermination affichée par Bruxelles, les divisions internes au sein de l’Union semblent condamner toute action concrète contre Israël… du moins dans un avenir proche.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

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