Pourquoi le déplacement de Macron à Damas marque un tournant

Emmanuel Macron est arrivé à Damas pour une visite sans précédent depuis la chute de Bachar al-Assad. Un signal politique, sécuritaire et économique.

Drapeaux syriens près d’une entrée
Image d'illustration. La Syrie revient au centre diplomatique. — ADN

En bref

  • Macron est arrivé à Damas lundi soir
  • Première visite occidentale depuis la chute d’Assad
  • Pluralité, sécurité et reconstruction au menu

Le déplacement d’Emmanuel Macron en Syrie dépasse le symbole. En se rendant à Damas lundi 6 juillet au soir, le président français teste en grandeur réelle la place que peut reprendre ce pays sur la scène internationale, alors que sa pacification reste fragile.

Un voyage court, mais très chargé politiquement

C’est une première. Emmanuel Macron est le premier chef d’État d’une puissance occidentale à se rendre en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir, fin 2024, du président Ahmad al-Chareh.

Le chef de l’État a été accueilli à son arrivée par le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani. Le voyage doit durer jusqu’au mardi 7 juillet. Paris n’avait rien annoncé avant l’atterrissage, pour des raisons de sécurité dans un pays encore marqué par treize ans de guerre civile. Jeudi, un attentat à la bombe dans la capitale a fait dix morts.

Ce retour français à Damas met aussi fin à une longue interruption. Le dernier président français à s’y être rendu était Nicolas Sarkozy, en 2008 puis 2009, avant la rupture de 2011 liée à la répression du Printemps arabe par le pouvoir syrien.

Paris veut peser sur la nouvelle phase syrienne

L’Élysée dit vouloir défendre une Syrie libre, plurielle et respectueuse de toutes ses composantes, avec un rôle d’apaisement au Moyen-Orient. La ligne est nette, la France accompagnera la transition, mais pas à n’importe quel prix.

En mai 2025, Emmanuel Macron avait déjà reçu Ahmad al-Chareh à l’Elysée, devenant le premier dirigeant occidental à lui ouvrir cette porte, malgré les critiques d’une partie de la droite et de l’extrême droite en France. Ce rendez-vous avait précédé la visite du dirigeant syrien à Washington auprès de Donald Trump, puis la levée des sanctions européennes et américaines.

L’agence officielle syrienne Sana parle d’une visite historique et d’une étape charnière pour le retour de la présence internationale en Syrie.

Reconstruction, investisseurs et contacts sur le terrain

Le voyage a aussi une dimension économique. Emmanuel Macron est accompagné notamment de Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM, et de Patrick Pouyanné, à la tête de TotalEnergies. L’idée, c’est de parler investissements et reconstruction, même si les groupes français avancent encore prudemment.

Le programme détaillé n’a pas été rendu public. Une conversation de confiance avec Ahmad al-Chareh est prévue dès lundi soir dans un cadre informel, avant des entretiens plus officiels mardi et une conférence de presse en début d’après-midi. L’entourage du président insiste aussi sur un point, il ne doit pas rester seulement dans des palais sécurisés, mais aller au contact de Syriens aux profils politiques, confessionnels et sociaux différents.

Des lignes rouges sur les minorités et la sécurité

Le message français comporte une exigence. La nouvelle Syrie ne pourra être un partenaire que si sa pluralité est réellement respectée. En clair, Paris refuse qu’un pouvoir exclusif en remplace un autre.

Le rappel n’a rien de théorique. Ahmad al-Chareh s’est engagé à protéger les minorités, mais les massacres d’alaouites en mars 2025, puis les affrontements avec des combattants druzes il y a un an, ont laissé des traces.

Autre dossier sensible, la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, à laquelle la Syrie participe désormais, ainsi que la présence des derniers jihadistes français sur son sol. Denis Bauchard, ancien ambassadeur et expert à l’Ifri, y voit aussi une volonté de consolider le nouveau régime au moment où Israël préfère, selon lui, une Syrie faible et morcelée, avec en arrière-plan la méfiance liée au rôle de la Turquie auprès d’al-Chareh.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

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