Une centaine d’auteurs quittent ensemble la maison d’édition Grasset

Image d'illustration. Collection de livres de divers genres sur une étagèreADN
Des écrivains majeurs au parcours et aux univers littéraires contrastés, Virginie Despentes et Bernard-Henri Lévy, ont tous deux choisi de quitter la célèbre maison d’édition Grasset, marquant un tournant pour cette institution du monde littéraire français.
Tl;dr
- 115 auteurs quittent Grasset après le départ d’Olivier Nora.
- Vincent Bolloré accusé de menacer l’indépendance éditoriale.
- Crise liée à une réorientation du groupe Hachette.
Un exode inédit chez Grasset : 115 auteurs font leurs adieux
Une page se tourne chez Grasset. Mercredi soir, pas moins de 115 auteurs, parmi les plus emblématiques de la maison d’édition, ont décidé collectivement de claquer la porte. Ce mouvement rare dans le monde littéraire survient après l’éviction soudaine d’Olivier Nora, figure tutélaire ayant dirigé Grasset pendant 26 ans.
La stupeur s’est rapidement muée en mobilisation : dans un courrier commun transmis à l’AFP, des noms tels que Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy, Sorj Chalandon, ou encore Anne Sinclair, affirment ne plus vouloir publier leur prochain ouvrage chez Grasset.
Bolloré dans la ligne de mire des écrivains
Ce geste collectif vise avant tout à dénoncer ce que les signataires qualifient d’« atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale ». Tous désignent un même responsable : Vincent Bolloré. Propriétaire du groupe Hachette, auquel appartient Grasset depuis 2023, le milliardaire breton est accusé d’orchestrer une mainmise idéologique sur la maison, avec des mots forts : « Nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias. »
Les dissensions internes ne datent pas d’hier. Déjà, le départ forcé d’Arnaud Nourry, puis celui de Sophie de Closets, révélaient une inflexion nette au sein du géant de l’édition française. Certains évoquent même une volonté affichée de privilégier désormais des auteurs marqués à droite ou à l’extrême droite.
L’affaire Sansal, catalyseur de la crise ?
L’éviction d’Olivier Nora semble aussi liée à la parution imminente du nouveau livre de Boualem Sansal. Selon plusieurs sources proches du dossier, un désaccord sur la date de publication aurait précipité le départ du PDG. Une version que conteste toutefois Sansal lui-même : « Nora lui-même m’a écrit un très long truc […] en me disant ‘tu n’y es pour rien’ », a-t-il confié mercredi à TV5Monde.
Pour clarifier ce bouleversement sans précédent, il faut garder en tête plusieurs éléments majeurs :
- L’évolution stratégique impulsée par Hachette sous la houlette de Bolloré,
- L’hommage appuyé rendu par nombre d’auteurs au rôle fédérateur et pluraliste joué par Olivier Nora,
L’échéance symbolique du Festival du Livre qui débute jeudi soir au Grand Palais — événement où cette crise sera forcément au cœur des conversations.
Avenir incertain pour Grasset et l’édition française
La nomination annoncée de Jean-Christophe Thiery, proche collaborateur de Bolloré et actuel PDG du groupe Louis Hachette, place la maison devant une page blanche périlleuse. Au-delà du cas Grasset, c’est tout le secteur qui s’interroge désormais sur sa capacité à préserver son indépendance face aux mouvements stratégiques opérés par certains grands groupes.