En bref
- 35 g quotidiens pendant trois mois
- Attention en hausse, scanners cérébraux modifiés
- Résultats préliminaires, prudence nécessaire
Des adultes en bonne santé ont mangé du concentré de tomate pendant trois mois, et leurs scanners cérébraux n’étaient plus tout à fait les mêmes. C’est le signal le plus marquant d’un essai clinique mené en Espagne, avec une nuance importante, l’imagerie repose sur un petit groupe et reste fragile sur le plan statistique.
Ce que l’essai a réellement observé
L’étude, publiée dans Antioxidants, a suivi 42 adultes d’âge moyen. Chaque jour, ils consommaient 35 grammes de concentré de tomate pendant trois mois, puis passaient des tests cognitifs. Les chercheurs ont relevé une meilleure attention sélective et un léger gain de mémoire associative.
Chez un sous-groupe de 14 participants, l’imagerie cérébrale a aussi montré des changements de connectivité entre plusieurs grands réseaux du cerveau. Les auteurs, menés par le nutritionniste Ricardo López-Solís de l’Université de Barcelone, y voient un possible lien entre consommation de tomate et réorganisation fonctionnelle du cerveau.
Un protocole plus solide qu’il n’y paraît, mais pas sans faille
Le dispositif avait un point intéressant, chaque participant servait en quelque sorte de propre témoin. Une semaine avant le début, tous devaient éviter les aliments riches en lycopène, comme la pastèque, la goyave, le pamplemousse, la papaye ou la tomate.
Ensuite, deux phases de trois mois se succédaient, l’une avec concentré de tomate quotidien, l’autre avec un régime pauvre en lycopène. Entre les deux, un mois de transition permettait de repartir sur une base plus neutre.
Mais l’essai n’était pas réalisé en aveugle. Participants et chercheurs savaient qui mangeait quoi. Du coup, l’effet sur la motivation ou l’effort pendant les tests ne peut pas être totalement exclu. Et l’analyse des scanners, menée sur peu de volontaires, manque clairement de puissance.
Pourquoi la tomate intéresse les chercheurs
La piste centrale, c’est le lycopène, ce pigment rouge antioxydant capable de franchir la barrière hémato-encéphalique et potentiellement de réduire la neuro-inflammation. Après la phase riche en tomate, son niveau sanguin augmentait nettement.
Les chercheurs ont aussi observé une hausse limite du BDNF, une protéine liée à la croissance cérébrale. Côté réseaux, un régime riche en lycopène s’accompagnait d’une connectivité au repos réduite dans les réseaux frontopariétal et auditif, tandis qu’un régime pauvre en tomate était associé à une baisse de connectivité dans les réseaux dorsaux de l’attention.
Des signaux cohérents, pas encore une preuve
Ce n’est pas un résultat isolé. D’autres travaux, chez des personnes plus âgées, avaient déjà noté des effets positifs d’un aliment enrichi en poudre de tomate sur la vitesse de traitement, l’attention ou la mémoire de travail. Un autre essai croisé de cinq semaines, avec une boisson aux fruits rouges contenant de la poudre de tomate, avait seulement amélioré la mémoire de travail.
Reste le point clé, aucune étude n’a encore prouvé un lien de cause à effet. Les tomates contiennent bien plus que du lycopène. Et il faudra des essais plus longs pour savoir si ces changements cérébraux tiennent dans le temps et s’ils comptent vraiment en pratique.
Un détail, quand même. Selon la nutritionniste Rachel Kopec, de l’Ohio State University, qui s’exprimait auprès du The New York Times, la cuisson casse les parois cellulaires de la tomate et rend le lycopène plus facile à absorber. Autrement dit, la sauce n’annule pas l’intérêt nutritionnel, elle peut même le renforcer.