Plaques jaunes près des yeux, un signal à surveiller pour le cœur

Une étude relie le xanthélasma, ces plaques autour des yeux, à un risque plus élevé d’infarctus et d’AVC, parfois jusqu’à dix ans plus tard.

Plaques jaunes visibles près des yeux
Image d'illustration. Le xanthélasma alerte sur le risque cardiaque. — ADN

En bref

  • Le xanthélasma pourrait signaler un risque cardiovasculaire accru
  • L’étude porte sur 17 925 patients
  • Le risque reste plus élevé jusqu’à dix ans

On voit souvent le xanthélasma comme un souci d’apparence. Pourtant, ces plaques jaunâtres et un peu gonflées autour des yeux pourraient aussi servir de signe d’alerte pour le cœur et le cerveau.

Une équipe de l’université Stanford, dans une étude publiée dans Atherosclerosis, a examiné le lien entre ce trouble cutané et les grands événements cardio-cérébrovasculaires, c’est-à-dire l’infarctus, l’AVC et l’accident ischémique transitoire, le fameux mini-AVC.

Un détail du visage qui dépasse la question esthétique

Le xanthélasma se manifeste par des plaques pâles ou jaunes près des paupières. Elles apparaissent lorsque des cellules immunitaires, les macrophages, se chargent de cholestérol et d’autres graisses. Comme les amas graisseux jouent aussi un rôle central dans l’athérosclérose, l’idée d’un lien n’avait rien de farfelu.

L’athérosclérose, elle, avance souvent en silence. C’est justement le problème. Elle rétrécit les artères au fil du temps et reste longtemps sans symptôme, avant un accident majeur.

Des écarts nets dès la première année

Les chercheurs ont comparé les données de santé de 17 925 personnes atteintes de xanthélasma avec 17 925 autres patients souffrant de presbytie. Ce choix permettait de partir de personnes ayant elles aussi consulté pour un examen des yeux, sans présenter ces plaques.

Résultat, dès la première année, 1 % des patients avec xanthélasma ont subi un infarctus, contre 0,35 % dans le groupe témoin. Pour les AVC, les taux étaient de 0,95 % contre 0,3 %. Et pour les accidents ischémiques transitoires, 0,6 % contre 0,19 %.

Les pourcentages restent faibles, bien sûr. Mais l’écart, lui, est net.

Un risque qui reste plus élevé dans le temps

Avec les années, la différence entre les deux groupes se réduit un peu. Pas complètement. À cinq ans comme à dix ans, les personnes présentant un xanthélasma gardent une incidence plus élevée de ces événements cardiovasculaires.

Autre point intéressant, les taux observés dans le groupe concerné étaient comparables que les patients aient, ou non, des taux anormalement élevés de graisses dans le sang. Autrement dit, le cholestérol ne suffit pas, à lui seul, à expliquer l’ensemble du phénomène.

Pourquoi cela peut changer la prise en charge

Les chercheurs de Stanford estiment que le xanthélasma peut être considéré comme un facteur de risque pour de futurs événements cardio-cérébrovasculaires. Ils précisent aussi que beaucoup de patients consultent d’abord un dermatologue pour une raison esthétique, alors que des facteurs de risque cardiovasculaire peuvent passer sous le radar.

Il ne s’agit pas de dire que ces plaques causent un infarctus ou un AVC. L’enjeu est ailleurs, et il est assez concret. Si ce signe visible aide à repérer plus tôt des patients à surveiller, un médecin traitant peut ensuite mettre en place un suivi, des changements de mode de vie, un traitement contre les lipides ou un meilleur contrôle de l’hypertension. Et c’est là que ce petit marqueur du visage prend une autre dimension.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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