En bref
- Près de 300 classes étudiées dans 22 pays
- Deux bactéries liées à une baisse pulmonaire modeste
- Aucun lien de causalité n’est prouvé
Presque 300 salles de classe, dans 22 pays européens, passées au crible. C’est l’échelle de l’étude présentée par l’Université de Ferrare lors du congrès de l’European Respiratory Society, à Barcelone. Son constat retient l’attention, parce qu’il touche un lieu banal, quotidien, massif, l’école.
Une enquête européenne de grande ampleur
Le travail s’appuie sur les données de l’étude SINPHONIE, avec une collaboration de l’entreprise française Alten SA. L’idée de départ est simple, mais importante, regarder si les bactéries qui s’accumulent dans la poussière des classes ont un lien avec la fonction pulmonaire des enfants.
Les chercheurs rappellent que l’air intérieur des écoles dépend de beaucoup de facteurs, comme l’humidité, la température, la ventilation, la condensation, mais aussi des contaminants biologiques. En revanche, le rôle précis des bactéries présentes dans la poussière reste bien moins documenté.
Deux bactéries suivies de près dans la poussière
L’équipe s’est concentrée sur deux groupes, Streptomyces et Mycobacterium spp. On les retrouve dans le sol, dans la poussière, mais aussi dans des environnements aquatiques.
Leur présence a été mesurée dans la poussière des salles de classe. L’objectif était de vérifier si une exposition plus forte, à l’échelle européenne, correspondait à des différences respiratoires chez les élèves.
Ce que montrent les tests respiratoires
Pour évaluer les enfants, les chercheurs ont utilisé une spirométrie, un test standard où l’on inspire profondément avant d’expirer aussi fort et vite que possible dans un appareil. Il mesure à la fois le volume d’air contenu dans les poumons et la vitesse d’expulsion.
Résultat, les classes avec davantage de Streptomyces étaient associées à une capacité vitale forcée, la CVF, inférieure de 0,08 litre. Dans les salles plus chargées en Mycobacterium spp., les enfants présentaient aussi des valeurs légèrement plus basses pour le FEV1, 0,06 litre de moins, et pour le PEF, 0,13 litre par seconde de moins.
Une fonction pulmonaire réduite signifie que les poumons retiennent moins d’air, ou l’évacuent moins bien. Et cela peut limiter l’oxygène absorbé par le corps, avec à la clé fatigue ou gêne respiratoire.
Un signal faible, mais pris au sérieux
Les auteurs ont tenu compte de nombreux paramètres, l’âge, le sexe, l’IMC, le tabagisme passif, les allergènes d’animaux, le niveau socioéconomique, l’ancienneté et la région des bâtiments scolaires, ainsi que la pollution locale. Malgré ces ajustements, l’association reste visible.
Mais le point essentiel est là, aucune causalité n’est démontrée. Les chercheurs estiment que ces bactéries pourraient irriter les voies respiratoires ou déclencher des réponses immunitaires et inflammatoires. Elles pourraient aussi n’être qu’un marqueur d’autres conditions, comme la ventilation, l’humidité, le nettoyage ou l’entrée de poussière depuis l’extérieur.
Ce n’est donc pas une alerte brutale. C’est plutôt un signal de santé publique sur ce qui circule, discrètement, dans l’air des écoles.