En bref
- Une reproduction confirme l’effet Milgram
- 90% vont jusqu’au choc maximal
- L’autorité l’emporte encore sur la morale
Cinquante ans plus tard, le constat tient toujours. Des chercheurs de l’Université SWPS des sciences sociales et humaines, en Pologne, ont reproduit l’expérience imaginée par Stanley Milgram, et 90% des participants ont accepté d’administrer le niveau de choc électrique le plus élevé proposé.
Un résultat qui n’a presque pas bougé
L’étude polonaise, publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science, retrouve donc le même noyau dur que les travaux des années 1960. En gros, l’habillage change, pas le mécanisme. Les chercheurs concluent que les mécanismes d’obéissance à l’autorité n’ont pas vraiment évolué au cours des cinquante dernières années.
Chez Milgram, entre 1960 et 1963, le chiffre marquant était de 63%. Ces sujets avaient poussé les décharges jusqu’à 405 volts, un niveau présenté comme potentiellement mortel. La nouvelle reproduction affiche un pourcentage plus élevé, mais elle va dans le même sens, et c’est bien ce point qui frappe.
Comment le dispositif poussait à obéir
Le protocole était simple, et c’est sans doute ce qui le rend encore plus dérangeant. Deux personnes étaient réunies. Après un faux tirage au sort, l’une devenait le maître, l’autre l’élève, qui était en réalité un complice.
L’élève devait mémoriser des mots puis les restituer. À chaque erreur, le maître pouvait envoyer une décharge électrique. Plus les fautes s’accumulaient, plus l’intensité montait. Pendant ce temps, le complice simulait des douleurs très fortes, alors que les responsables de l’expérience, eux, continuaient d’encourager le participant à poursuivre. Résultat ? La figure d’autorité prenait le dessus sur le jugement moral de pas mal de sujets.
Lors du débriefing, plusieurs participants de l’expérience originale avaient expliqué avoir obéi en faisant confiance à cette autorité. Pas par cruauté affichée, mais parce qu’un cadre officiel semblait valider l’acte.
Ce que Milgram cherchait vraiment à comprendre
Derrière la scène de laboratoire, Stanley Milgram poursuivait une question beaucoup plus large. Il voulait comprendre comment des individus instruits, ordinaires, civilisés, peuvent commettre des actes graves lorsqu’un supérieur leur en donne l’ordre.
Ce point renvoyait directement à la Seconde Guerre mondiale. L’expérience cherchait à éclairer la façon dont l’obéissance peut conduire à exécuter des ordres sans recul, y compris quand ils heurtent de front le sens moral. Et c’est là que cette reproduction récente reste importante, clairement, elle montre que ce ressort psychologique n’appartient pas seulement au passé.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi parle-t-on encore de l’expérience de Milgram ?
Parce qu’elle reste une référence pour comprendre un comportement très concret, l’acceptation d’un ordre donné par une autorité, même quand cet ordre paraît inacceptable. Sa force vient de là, elle met en scène un conflit direct entre consigne et conscience.
Que signifie exactement obéir à une figure d’autorité ?
Ici, la figure d’autorité correspond aux responsables de l’expérience, ceux qui encadrent, ordonnent et donnent une légitimité apparente à l’action. Le participant ne décide plus seulement selon sa morale personnelle, il se repose sur la validation de celui qui commande.
La reproduction polonaise copiait-elle le principe d’origine ?
Oui, sur le fond. Elle reprenait l’idée centrale, mesurer jusqu’où une personne peut aller quand on l’incite à punir quelqu’un dans un cadre présenté comme légitime.
Pourquoi le chiffre de 90% compte-t-il autant ?
Parce qu’il montre que le phénomène observé par Milgram ne s’est pas évaporé avec le temps. Le pourcentage exact diffère, mais le signal reste le même, l’autorité influence fortement les décisions, même aujourd’hui.