The Odyssey : une spécialiste d’Homère conteste la vision du réalisateur

Emily Wilson, dont la traduction a inspiré Christopher Nolan, relance la polémique autour de The Odyssey et de sa lecture du Cheval de Troie.

The Odyssey
Image d'illustration. The Odyssey — Universal Pictures / PR-ADN

En bref

  • La traductrice d’Homère remet en cause la vision de Christopher Nolan sur la guerre de Troie.
  • Elle estime que The Odyssey oublie les enjeux humains et moraux du récit antique.
  • Cette polémique oppose deux interprétations possibles du mythe d’Ulysse.

La polémique autour de The Odyssey prend une nouvelle tournure. Emily Wilson, la traductrice d’Homère citée par Christopher Nolan parmi ses inspirations, a publié un second texte pour contester la manière dont le réalisateur traite le Cheval de Troie.

Une critique qui ne s’arrête pas au scénario

Emily Wilson a récemment attaqué frontalement le film de Christopher Nolan dans The Atlantic. Elle y jugeait son écriture « abysmale » et estimait que l’adaptation perdait ce qui fait tenir le poème d’Homère, sa profondeur émotionnelle, politique et éthique.

Son nouveau texte repart de là, mais resserre le tir sur un point précis. Pour elle, The Odyssey n’accorde pas assez de place aux dix années de siège de Troie, un contexte pourtant indispensable pour comprendre ce que représente vraiment l’épisode du cheval.

Pourquoi le Cheval de Troie cristallise le désaccord ?

Dans son essai, Emily Wilson estime que le film n’explique pas clairement le lien avec l’idée d’hospitalité dans une situation où les Grecs assiègent déjà Troie depuis dix ans. Elle rappelle que les Troyens ne sont pas des hôtes, mais des ennemis dans une guerre.

Elle conteste aussi le poids symbolique donné au Cheval de Troie. Selon elle, si la guerre est en elle-même condamnable, il est absurde d’en faire le tournant majeur plutôt que de regarder la décision d’Agamemnon d’envahir Troie, puis le choix d’Ulysse de céder aux exigences de l’empire. Le reproche est net, et il vise le cadre moral autant que la mise en scène.

Deux lectures d’Homère, pas la même priorité

Le fond du débat est là. Emily Wilson insiste sur l’humanité, l’ambiguïté et le coût moral de la guerre de Troie, avec une attention particulière pour les victimes souvent effacées du récit.

En face, Christopher Nolan semble avoir choisi une autre porte d’entrée. Il n’adapte pas The Iliad, mais The Odyssey. Dans cette épopée, le cheval sert d’abord à installer la légende d’Ulysse, sa ruse, son intelligence et sa capacité à tromper. Vu comme ça, la lecture de Christopher Nolan s’inscrit plutôt dans une tradition déjà bien installée qu’elle ne contredit un sens unique du texte.

Un débat ancien remis au centre par le film

Ce qui frappe, c’est surtout l’ampleur de la discussion. Il est rare qu’un blockbuster suscite une critique suivie de la part même d’une universitaire dont le travail a nourri le projet.

Et ce n’est pas anodin. Emily Wilson avait elle-même noté que le film poussait le public à revenir vers Homère. Depuis la sortie de The Odyssey, l’intérêt pour les traductions du texte, y compris la sienne, a progressé.

Résultat, un poème vieux de près de 3000 ans se retrouve à nouveau au centre d’un vrai débat public. Pas mal pour une œuvre antique, et encore moins pour une querelle qui ne risque pas de se terminer tout de suite.

Jordan Servan

Spécialiste Divertissement

X LinkedIn Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Christopher Nolan Films The Odyssey

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.