En bref
- Mike Mignola préfère créer et dessiner plutôt qu’écrire, car l’imagination reste le cœur de son travail.
- Le créateur de Hellboy a construit un univers unique mêlant monstres, fantastique et influences personnelles.
- Son style reconnaissable et ses thèmes intimes ont permis au Mignolaverse de durer pendant des décennies.
Mike Mignola l’a résumé sans détour en 2019. Écrire, disait-il à Vulture, ne l’amuse pas vraiment, alors qu’inventer des idées reste le plus fun. Sa formule : « Écrire n’est pas drôle. Inventer des trucs, c’est drôle », elle éclaire pas mal de choses sur son parcours.
Une phrase qui résume tout
Quand Vulture lui demande cette année-là ce qu’il prépare, Mike Mignola répond qu’écrire pour que quelqu’un d’autre dessine n’a rien de plaisant pour lui. Ce qu’il cherche, au fond, c’est redevenir celui qui s’assoit à sa table et prend le vrai plaisir, celui de créer et de dessiner. La nuance compte. Chez lui, l’imagination et le dessin vont ensemble.
Ce rapport au travail n’a rien d’anecdotique. Même s’il a largement prouvé qu’il savait écrire, il continue de voir l’écriture comme une tâche, là où le dessin ressemble davantage à un terrain naturel.
Hellboy, né du besoin de dessiner ses propres monstres
Né à Berkeley en 1960, dans une famille catholique, Mike Mignola lit énormément dès l’enfance. Il cite souvent Dracula, découvert à 12 ans, comme une lecture fondatrice. Diplômé du California College of the Arts en 1982, il part ensuite à New York et travaille pour Marvel puis DC, notamment sur Gotham by Gaslight.
Mais les super-héros ne suffisent pas. Lui préfère les monstres. Après Sanctum, un récit de Batman dans un cimetière hanté, il imagine Hellboy. Le personnage débute en 1993 et devient vite le titre phare de Dark Horse Comics. Au départ, pourtant, Mike Mignola avance doucement comme scénariste. Le premier arc, Seed of Destruction, est écrit par John Byrne, le temps qu’il se sente prêt.
Un univers immense bâti sans lâcher le crayon
En 2019, un nouveau film Hellboy sort, pendant que B.P.R.D.: The Devil You Know referme un cycle majeur. On aurait pu croire l’affaire terminée. Pas du tout.
Mike Mignola continue à revenir à son univers avec de nouvelles préquelles et des épilogues. Cette année, il retourne même à Hellboy in Hell, une série en dix numéros qu’il avait écrite et dessinée seul, avec l’envie de collaborer cette fois avec l’artiste français Cyrille Pomès. Le Mignolaverse ne s’est donc jamais vraiment arrêté.
Un style à part et des obsessions très personnelles
Son style reste immédiatement identifiable. Des formes simples, beaucoup d’encre noire, des ombres massives, et la couleur de son collaborateur Dave Stewart pour donner la profondeur. La formule qui lui colle à la peau, attribuée à Alan Moore, reste redoutablement juste : « Jack Kirby rencontre l’expressionnisme allemand ».
Et il y a le fond. Les statues d’église, les cimetières, les récits fantastiques, puis la figure du père, ancien combattant de la guerre de Corée et menuisier, homme dur sans être cruel. Une partie du caractère de Hellboy vient de là. C’est sans doute pour ça que son œuvre tient encore si bien, elle ne sort pas d’une formule, elle sort d’une vie.