En bref
- Le vrai coût de l’IA pourrait être la perte de contrôle sur le savoir-faire métier.
- La bataille se déplace vers la maîtrise des données et des modèles.
- Les modèles ouverts séduisent les entreprises soucieuses d’indépendance.
Le patron de Microsoft hausse le ton sur un sujet qui agite déjà la tech. Satya Nadella estime que les entreprises utilisant des modèles d’IA propriétaires ne paient pas seulement en argent, mais aussi avec une matière bien plus précieuse, leur savoir-faire interne.
Un signal fort venu de Microsoft
Satya Nadella a récemment expliqué que les acheteurs d’IA paient deux fois. Une première fois avec les tokens facturés par les fournisseurs. Une seconde, de façon moins visible, en exposant leurs données, leurs habitudes de travail et leurs méthodes maison pour rendre le modèle utile.
Selon lui, le risque est clair. Plus une entreprise veut de bonnes réponses, plus elle doit nourrir l’outil avec des éléments sensibles. Et les modèles apprennent justement à partir de ces usages, des prompts, des outils branchés dessus, mais aussi des corrections humaines quand l’IA se trompe. Pour Satya Nadella, chaque correction finit par condenser un morceau de connaissance institutionnelle, un actif qu’un concurrent ne pourrait normalement pas acheter.
La bataille autour de la « distillation »
Son autre cible, c’est la question de la distillation. L’idée consiste à observer les sorties d’un modèle pour entraîner ensuite un autre modèle, souvent moins cher. Satya Nadella juge incohérent que les laboratoires d’IA puissent entraîner librement leurs systèmes sur des données publiques, tout en interdisant ensuite aux autres d’apprendre de leurs modèles.
Il y voit une forme d’asymétrie. En février, Anthropic avait accusé des modèles chinois open source d’envoyer des millions de requêtes à Claude afin d’améliorer leurs propres systèmes, et avait demandé à l’État américain de durcir les contrôles à l’exportation. C’est précisément ce double standard que Satya Nadella critique.
La réponse proposée : garder la main sur ses données
Sa solution colle logiquement au profil de Microsoft. Il pousse les entreprises à conserver la propriété de leurs données d’usage, prompts et retours compris, en bâtissant leurs propres environnements d’apprentissage sur le cloud. En filigrane, il y a évidemment Azure.
Il recommande aussi des couches d’orchestration, en gros des outils qui permettent de passer facilement d’un fournisseur de modèle à un autre. L’objectif est simple, éviter le verrouillage chez un seul acteur. Les AI gateways, qui servent justement à router les requêtes entre plusieurs modèles, gagnent déjà du terrain.
Pourquoi les modèles open source gagnent du terrain ?
Et ce discours arrive au moment où le marché bouge déjà. Idit Levine, fondatrice et directrice générale de Solo.io, dit voir ses clients tester d’abord les grands modèles propriétaires, puis se demander s’ils peuvent faire tourner un modèle open source sur site. Elle résume ce basculement ainsi : « Puis-je prendre un modèle open source et l’exécuter on-prem ? Il fera presque 90 % de ce que fait le gros. Il coûtera bien moins cher ». Pour elle, les entreprises ont compris qu’elles y gagnent aussi en contrôle.
Solo.io, choisi l’an dernier pour le projet Agentgateway de la Linux Foundation, cite parmi ses clients T-Mobile, ADP et SAP. Même tendance chez Vercel et OpenRouter, qui observent une hausse du trafic vers les modèles ouverts. Chez Vercel, ils ont représenté 29% de tout le trafic passé par sa gateway le mois dernier. Vu le poids de Microsoft dans l’écosystème, l’alerte de Nadella risque de compter.