Près d’un tiers des acheteurs de produits halal en France ne sont pas musulmans : explications

Image d'illustration. Viande halal grande distribution supermarchéADN
En France, près d’un tiers des acheteurs de produits halal ne sont pas issus de la communauté musulmane. Cette tendance interroge sur les motivations et les attentes spécifiques de ces nouveaux consommateurs vis-à-vis de l’offre halal.
Tl;dr
- Le halal séduit au-delà des consommateurs musulmans.
- Le choix est surtout pratique, économique ou de proximité.
- Le secteur halal affiche une croissance rapide en France.
L’essor du halal : bien plus qu’une question religieuse
Les rayons et les fast-foods français voient fleurir le halal, porté par une clientèle désormais bien plus large que celle des seuls consommateurs musulmans. À l’image de Micka, Perpignanais de 20 ans, nombreux sont ceux pour qui le passage d’enseignes comme Quick ou KFC au tout-halal ne change rien à leur habitude : « Un Long Chicken, ça reste un Long Chicken », lâche-t-il, indifférent au label. Ce constat, loin d’être isolé, s’appuie sur des chiffres solides : environ 30 % des acheteurs réguliers de produits halal en France ne seraient pas de confession musulmane, soit près de trois à quatre millions de consommateurs selon le cabinet Gira Conseil.
Praticité et prix avant la religion
Si l’on en croit les études du Crédoc, ce choix résulte rarement d’une démarche spirituelle. En réalité, presque la moitié des personnes interrogées déclarent avoir consommé du halal « par hasard ou par indifférence », alors que seuls 21 % invoquent un motif religieux. Dans les quartiers où commerces et snacks sont majoritairement halal, l’achat relève souvent d’une pure commodité. Comme le résume la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler, c’est avant tout une histoire de proximité géographique plutôt que de conviction.
De plus, lorsque l’offre non-halal se fait rare – notamment sous l’effet de la mode fitness qui dope la demande en protéines –, beaucoup se tournent vers le halal sans véritable alternative. La possibilité de partager aisément un repas entre amis ou voisins de différentes confessions encourage également ce choix.
Croissance soutenue et marché florissant
Ce phénomène a un impact direct sur l’économie du secteur agroalimentaire : le chiffre d’affaires du marché halal atteint aujourd’hui entre 5,5 et 6 milliards d’euros annuels, et la grande distribution enregistre une progression de plus de 12 % en 2024. Pour les enseignes comme KFC, Five Guys ou encore Pizza Hut, le passage au tout-halal s’avère rentable : jusqu’à +30 % sur leur chiffre d’affaires moyen selon Strateg’eat.
Voici quelques facteurs décisifs cités par les consommateurs :
- Prix compétitifs : souvent inférieur à l’offre non-halal.
- Simplicité logistique : disponibilité locale et facilité pour manger ensemble.
- Bouche-à-oreille positif : certains attribuent au halal un meilleur goût.
Sujets sensibles et perceptions contrastées
Loin d’apaiser toutes les tensions, cette expansion suscite parfois des critiques vives, notamment dans le débat politique hexagonal. Malgré cela, selon Bernard Boutboul (Gira Conseil), « la génération Z ne comprend même pas qu’on pose la question : pour eux c’est un non-sujet ! ». Preuve que le halal s’impose dans le paysage alimentaire français davantage comme une solution pratique qu’un marqueur identitaire. Pourtant, nuance Florence Bergeaud-Blackler : croire que « halal veut dire meilleure qualité ou plus naturel est inexact ». Au final ? Pour Micka comme pour beaucoup d’autres Français, burger halal ou pas… même saveur au rendez-vous.