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Pourquoi vos souvenirs sont presque toujours réécrits ensuite

Santé > Cerveau > Mémoire
Par Morgan Fromentin,  publié le 9 juin 2026 à 9h00.
Santé
Vue rapprochée d'un modèle cérébral mettant en avant sa texture et sa structure sur une surface blanche épurée.

Image d'illustration. Modèle de cerveau en gros planADN

On imagine la mémoire comme un enregistrement fidèle. Les travaux en psychologie montrent l’inverse : chaque rappel modifie le souvenir.

En bref

  • Un souvenir change chaque fois qu’on le rappelle
  • Les erreurs peuvent s’ancrer durablement
  • Ce mécanisme peut aussi atténuer certains souvenirs pénibles

Vous n’avez sans doute jamais revécu un souvenir exactement tel qu’il s’est produit. C’est le point de départ, un peu inconfortable, des travaux en psychologie sur la mémoire : elle ne fonctionne pas comme une vidéo qu’on relance, mais comme une reconstruction qui bouge à chaque rappel.

Le souvenir ne se rejoue pas, il se reconstruit

Quand un événement revient à l’esprit, le cerveau ne va pas chercher un fichier intact dans une archive. Il remet le souvenir en circulation, le retravaille, puis le stocke à nouveau. Pendant cette phase, il devient malléable, ce que les psychologues décrivent comme un état labile.

Résultat, on ne garde pas seulement la trace de l’expérience d’origine. On garde aussi la trace des fois où on l’a racontée, pensée, réinterprétée. En gros, un souvenir peut devenir la mémoire d’un souvenir.

L’exemple du premier jour d’école est parlant. Si la suite s’est très bien passée, ce souvenir peut finir teinté d’une ambiance plus douce. Si l’école a été mal vécue, le même moment peut prendre, après coup, une couleur plus menaçante.

Un vieux test a montré à quel point le récit change

Dès les années 1930, le psychologue britannique Sir Frederic Bartlett l’avait observé. Il demandait à des volontaires de raconter à plusieurs reprises, sur plusieurs semaines puis plusieurs mois, une histoire amérindienne intitulée The War of The Ghosts.

Le texte changeait au fil des rappels. Il perdait peu à peu son aspect surnaturel et adoptait une structure plus simple, plus familière pour les participants. À la fin, ils ne restituaient plus vraiment l’histoire initiale, mais une version déjà transformée par leurs rappels précédents.

Même en laboratoire, l’erreur finit par devenir vraie

Des travaux plus récents vont dans le même sens. Dans une expérience en laboratoire, des participants devaient se souvenir de l’emplacement d’objets affichés sur un écran, avec un décor de fond.

Quand ils se trompaient sur la position d’un objet dans un nouveau contexte visuel, cette erreur pouvait ensuite se fixer. Plus tard, même replacés face au premier fond, ils continuaient à se souvenir de la mauvaise position. La fausse information avait été intégrée au souvenir.

Cette faiblesse de la mémoire peut aussi servir

Tout cela a quelque chose de troublant, quand même. Mais cette plasticité ouvre aussi une piste utile : si un souvenir se réécrit, on peut parfois affaiblir certains de ses aspects les plus pénibles.

Les psychologues parlent d’oubli induit par la récupération. L’idée est simple : lorsqu’on rappelle un événement en se concentrant sur certains éléments, ceux qu’on laisse de côté deviennent plus faibles.

Une étude publiée en octobre 2025 montrait qu’il était possible d’exploiter ce mécanisme pour réduire des peurs liées à de mauvaises expériences. L’exemple donné est celui d’un entretien d’embauche raté. En revivant la scène tout en se focalisant seulement sur ce qui s’est bien passé, on peut atténuer le poids des moments négatifs. Pas une baguette magique, mais une manière très concrète de voir que la mémoire n’est jamais figée, et que cette instabilité peut aussi changer notre rapport au passé.

Le Récap
  • En bref
  • Le souvenir ne se rejoue pas, il se reconstruit
  • Un vieux test a montré à quel point le récit change
  • Même en laboratoire, l’erreur finit par devenir vraie
  • Cette faiblesse de la mémoire peut aussi servir
En savoir plus
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