En bref
- Les animaux utilisent clairement des phéromones
- Chez l’humain, la preuve manque encore
- Quatre molécules restent très étudiées
Une odeur inattendue remet sur la table une vieille hypothèse scientifique. Chez beaucoup d’animaux, les signaux chimiques servent à s’orienter, à marquer un territoire ou à attirer un partenaire. Chez l’humain, en revanche, la démonstration n’est toujours pas faite, même après plus de soixante ans de recherches.
Chez les animaux, le signal chimique ne fait pas débat
Le cadre, lui, est solide. Les fourmis suivent des traces chimiques pour se déplacer et communiquer. Les chiens déposent des odeurs pour marquer leur présence. Les papillons de nuit libèrent dans l’air des substances capables d’attirer un partenaire.
C’est dans ce contexte qu’en 1959, Adolf Butenandt et son équipe ont identifié le premier pheromone reconnu, le bombykol, émis par la femelle du ver à soie pour attirer le mâle. Peu après, les scientifiques ont forgé le terme de phéromone pour désigner un signal chimique libéré par un individu et provoquant une réponse précise chez un autre membre de la même espèce.
Pourquoi la piste humaine résiste depuis plus de soixante ans
À partir de là, la chasse aux phéromones humaines s’est emballée. L’idée intrigue parce qu’elle touche à quelque chose de très concret : une personne peut-elle provoquer chez une autre une réaction physique ou émotionnelle sans qu’elle s’en rende compte ? Et cela peut-il peser dans l’attraction ?
Bon, c’est justement là que tout se complique. Malgré des décennies d’essais, la réponse reste floue. Les résultats récents laissent penser que la recherche se rapproche peut-être de quelque chose de plus solide, mais la preuve définitive n’est toujours pas là.
L’effet McClintock, promesse célèbre puis recul scientifique
Un épisode a longtemps cristallisé les espoirs. En 1971, Martha McClintock publiait une étude selon laquelle les cycles menstruels de 135 femmes vivant dans une résidence universitaire semblaient se synchroniser au fil de l’année.
Le phénomène a ensuite pris le nom d’effet McClintock et a souvent été présenté comme un indice fort. Sauf que l’idée a mal résisté aux vérifications. D’autres travaux n’ont pas réussi à reproduire ce résultat, et des chercheurs ont montré qu’une synchronisation apparente pouvait simplement apparaître par hasard.
Quatre molécules scrutées, aucune définitivement validée
Depuis, la recherche s’est surtout concentrée sur quatre composés. L’androstenone et l’androstenol ont été associées à la perception sociale et à l’attraction sexuelle. L’androstadiénone a été testée pour ses effets possibles sur l’humeur et l’attention des femmes. L’oestratétraénol, elle, a été étudiée pour voir si elle modifiait la manière dont les hommes perçoivent les femmes.
Mais aucune de ces molécules n’a, à ce jour, été prouvée comme une véritable phéromone humaine. Souvent, les expériences utilisent des doses bien plus élevées que celles produites naturellement par le corps. Et pas mal de travaux souffrent de défauts de conception ou de statistiques fragiles. Résultat, des conclusions qui changent d’une étude à l’autre, et un débat qui reste ouvert.