En bref
- 485 substances relevées dans des pesticides
- Les ingrédients inertes sont aussi visés
- Les chercheurs réclament plus de contrôles
Les pesticides ne posent pas seulement question par leur substance active. Une étude de l’Institut Silent Spring, publiée dans Environmental Health Perspectives, met en lumière un angle mort plus discret, les ingrédients dits inertes, alors que l’exposition concerne la formulation complète.
Le vrai angle mort des pesticides
Les chercheurs ont identifié 485 substances chimiques présentes dans des formulations de pesticides susceptibles d’augmenter le risque de cancer du sein. Dans cet ensemble, environ un tiers, soit 145, sont actuellement enregistrées auprès de l’EPA comme ingrédients actifs.
Mais le point le plus sensible est ailleurs. Jennifer Kay, autrice principale de l’étude, explique que la réglementation se concentre souvent sur la molécule active, alors que les personnes sont exposées au produit entier. Et, dans ce produit entier, pas mal de composants moins visibles pourraient eux aussi présenter un risque.
Pourquoi ce signal pèse dans le débat sanitaire
Le sujet dépasse largement la seule toxicologie des pesticides. Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus diagnostiqué dans le monde, avec une incidence qui continue de grimper. La hausse est même plus rapide chez les femmes de moins de 40 ans, un point important puisque beaucoup sont diagnostiquées avant l’âge recommandé pour le dépistage systématique.
L’équipe de l’Institut Silent Spring avait déjà publié en 2024 un travail recensant plus de 900 substances pouvant accroître ce risque. Plus de la moitié favorisaient une production plus élevée d’œstrogène ou de progestérone, deux hormones connues pour jouer un rôle dans le développement de la maladie.
Des expositions partout, pas seulement dans les champs
Pour repérer les principales sources d’exposition, les chercheurs ont croisé les données de plus d’une douzaine de bases publiques américaines, dont l’Inventaire national des émissions, l’Inventaire des rejets toxiques et l’enquête NHANES.
Résultat, les pesticides ressortent nettement, mais ils ne sont pas seuls. Les chercheurs ont aussi retrouvé ces substances dans les produits de consommation courante, l’alimentation, l’eau potable, les médicaments et les matériaux de construction. L’exposition peut aussi passer par des répulsifs à insectes, des désinfectants, des traitements contre les poux, des produits de jardin ou de lutte contre les nuisibles.
Les chiffres donnent l’échelle. En 2020, plus de 2 milliards de livres de ces composés ont été relâchés dans l’air. Selon l’enquête NHANES, 84 de ces substances ont été détectées dans l’organisme des Américains, un total probablement sous-estimé. Des pesticides organophosphorés comme le malathion ont été retrouvés chez plus de 90 % de la population étudiée, et le DDT, pourtant interdit depuis des décennies aux États-Unis, chez plus de 40 %.
Ce que les chercheurs demandent aux autorités
L’étude plaide pour un renforcement des contrôles de l’EPA, sur les ingrédients actifs comme sur les composants inactifs. Un précédent travail du même institut estimait déjà que l’agence avait écarté des preuves reliant 19 pesticides à des tumeurs mammaires.
Les auteurs avancent aussi une piste plus concrète en Californie, avec un possible élargissement de la Proposition 65. Seize pesticides repérés ici n’y figurent pas. Bon, derrière ce détail réglementaire, il y a une question plus large, celle des travailleurs très exposés et des riverains touchés par la pollution de l’air ou la dérive des pesticides. C’est là que le débat sanitaire pourrait vite se déplacer.