L’Europe menacée d’être privée de Visa et MasterCard par les États-Unis ?

Image d'illustration. MastercardMastercard
La dépendance de l’Europe aux géants américains du paiement pose question alors que plane la menace d’une exclusion soudaine des réseaux Visa et MasterCard, exposant ainsi les consommateurs et les entreprises à d’importantes perturbations économiques et financières.
Tl;dr
- Europe dépendante de Visa/MasterCard pour les paiements.
- Sanctions américaines menacent l’accès aux services financiers.
- Alternatives européennes comme Wero et euro numérique progressent lentement.
Dépendance stratégique : la faiblesse européenne face aux paiements américains
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les relations transatlantiques se sont considérablement tendues. Les récentes tensions autour du Groenland ont notamment vu le président américain brandir la menace de fortes surtaxes douanières contre des pays tels que la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Un simple désaccord, comme celui exprimé par Emmanuel Macron, peut ainsi provoquer la menace d’imposer des droits de douane à hauteur de 200 % sur les vins et champagnes français. Or, ces instruments économiques ne constituent qu’une partie des outils à disposition de l’administration américaine.
L’arme silencieuse : sanctions et coupures de services
La réalité est plus insidieuse : au-delà des taxes, les sanctions individuelles orchestrées par l’Office for Foreign Assets Control (OFAC) se multiplient. Des personnalités comme le juge français de la CPI, Nicolas Guillou – impliqué dans le dossier du mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou – en ont fait l’amère expérience. Son témoignage illustre bien le quotidien bouleversé par ces mesures : « Ces sanctions […] interdisent à toute personne physique ou morale américaine… de fournir des services à une personne sous sanctions ». Résultat, ses comptes auprès d’Airbnb, Amazon, ou encore Paypal ont été purement et simplement fermés.
À y regarder de plus près, cette dépendance s’explique facilement : les entreprises américaines Visa et MasterCard, qui contrôlent 69 % des transactions par carte en zone euro (selon la Banque de France), sans oublier les solutions comme Apple Pay ou Google Pay, dominent largement le marché européen.
L’Europe face au risque d’une coupure brutale
Cette domination n’est pas sans conséquences. Selon Joël‑Alexis Bialkiewicz, président de DeluPay et expert reconnu, il serait « non seulement techniquement possible, mais aussi très simple » pour Washington d’ordonner une coupure générale. Comme ce fut déjà observé avec l’Iran, une sanction OFAC suffirait à suspendre instantanément l’accès aux réseaux Visa et MasterCard pour tout un pays – voire pour l’Union européenne entière. En cas de rétorsion massive, l’impact économique serait colossal :
- Perturbations majeures pour consommateurs et entreprises.
- Systèmes financiers fragilisés des deux côtés de l’Atlantique.
- Déséquilibre structurel au détriment des Européens.
D’ailleurs, M. Bialkiewicz insiste sur cette « asymétrie totale », qui favorise clairement les États-Unis dans ces échanges transatlantiques.
Lente montée en puissance des alternatives européennes
Face à cette vulnérabilité persistante, quelques initiatives émergent péniblement. L’une des plus avancées reste Wero, un portefeuille numérique paneuropéen développé par l’European Payments Initiative (EPI). Disponible dans plusieurs pays européens – « 15,9 millions d’utilisateurs actifs en France mi-2025 », avance sa directrice Martina Weimert –, son adoption reste cependant modeste chez les commerçants.
Autre piste étudiée : l’euro numérique, porté par la Banque centrale européenne. Le débat législatif bat son plein au Conseil et au Parlement européen ; sa mise en circulation n’est pas attendue avant 2028… Un délai jugé interminable compte tenu du contexte géopolitique mouvant et incertain.
Au final, malgré les alertes répétées sur la dépendance stratégique aux systèmes américains, l’Europe peine toujours à bâtir une véritable autonomie financière numérique.