Le nombre de décès dépasse celui des naissances : à quoi ressemblera la France en 2070 ?

Image d'illustration. Marché déserté en franceADN
La France connaît désormais un solde naturel négatif, avec davantage de décès que de naissances enregistrés chaque année. Cette évolution démographique soulève de nombreuses questions sur les conséquences à long terme pour la population française d’ici 2070.
Tl;dr
- Les décès dépassent les naissances depuis mai 2024.
- La population active française va nettement diminuer d’ici 2070.
- Vieillissement, immigration et robotisation : enjeux pour l’avenir.
Le basculement démographique s’accélère
Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France devient négatif : le nombre de décès a désormais dépassé celui des naissances sur douze mois glissants, entre mai 2024 et mai 2025.
Cette constatation, établie par l’économiste François Geerolf à partir des données de l’Insee, intervient plus tôt que prévu. En effet, l’Ined tablait plutôt sur un croisement des courbes démographiques vers 2027, tandis que l’Insee lui-même ne l’envisageait qu’à l’horizon 2035. Le moment marque un tournant majeur dans l’histoire contemporaine du pays.
Dynamique de la population jusqu’en 2070
La trajectoire future de la population hexagonale s’inscrit désormais dans une dynamique de ralentissement puis de déclin. Deux principaux scénarios émergent des projections officielles. D’abord, celui de l’Insee, publié en 2021, envisage une légère progression jusqu’à 2040 grâce à un solde migratoire positif (+70 000 personnes/an) et une fécondité stable (1,8 enfant/femme). Le cap des 69 à 70 millions d’habitants pourrait ainsi être atteint avant une baisse à environ 68 millions en 2070.
Parallèlement, l’Ined, dans son rapport rédigé par Gilles Pison et Laurent Toulemon, table sur une fécondité plus basse (1,62), mais un solde migratoire supérieur (+152 000 personnes/an). Dans tous les cas, le vieillissement s’accentue fortement sous l’effet de la génération du baby-boom arrivant en fin de vie.
L’impact sur la population active et le vieillissement
Ce basculement démographique n’est pas sans conséquence pour la structure sociale du pays. Selon l’Insee, les seniors (65 ans et plus) représentaient près de 21 % en 2021 ; ils devraient avoisiner les 29 % d’ici à 2070. Plus frappant encore : la part des plus âgés (75-84 ans et plus de 85 ans) doublerait quasiment sur la même période pour atteindre près de 18 %. À rebours, la population active (20 à 64 ans) passera probablement sous le seuil symbolique des 51 %, ce qui interroge sur la capacité du pays à financer son système social.
On peut ainsi résumer les défis à venir :
- Système de retraite: financement mis sous tension par le déséquilibre entre actifs et retraités.
- Dépenses publiques croissantes: santé et aide sociale pèseront davantage dans le budget national.
- Nécessité d’arbitrages politiques sensibles: immigration accrue, report possible de l’âge légal du départ en retraite ou adaptation via la robotisation.
Pistes pour répondre au défi démographique
Face à cette situation inédite, les experts oscillent entre plusieurs solutions possibles. L’économiste Maxime Sbaihi, auteur de « Les balançoires vides », identifie trois leviers principaux : procréation, immigration, et robotisation. Pourtant, selon ses propos rapportés récemment : « la voie de la procréation est aussi prisée qu’ineffective… La voie de l’immigration est une rustine pragmatique mais temporaire… La robotisation a un potentiel économique incontestable mais encore insuffisant pour contenter des besoins trop humains. » Jouer simultanément sur ces trois aspects semble inévitable pour affronter un avenir où moins d’actifs devront soutenir toujours plus d’aînés.
Ainsi se dessine peu à peu le visage démographique — profondément transformé — que prendra sans doute la France à horizon cinquante ans.