En bref
- La Poste vise 40 milliards d’euros en 2031
- Le colis dépasse largement le courrier
- Le service public reste sous-financé
Chez La Poste, la lettre n’est plus le centre de gravité. En 2025, le groupe public a réalisé 34 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 54 % dans les colis, contre seulement 15 % pour le courrier. C’est ce basculement qui structure désormais son plan à horizon 2031.
Le colis n’est plus un relais, c’est déjà le cœur du modèle
L’objectif affiché est clair, atteindre 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2031, soit une croissance de 18 % en cinq ans. À la tête du groupe depuis fin 2025, Marie-Ange Debon a assuré que La Poste en avait encore « sous le pied ».
Le plan présenté au conseil d’administration sous le nom Réussir ensemble, Ambitions 2031 mise d’abord sur les activités qui tiennent déjà la maison debout. Les colis, donc, mais aussi la bancassurance, qui représente 22 % du chiffre d’affaires.
L’offensive passe par la livraison hors domicile
Dans le détail, La Poste veut renforcer sa place dans la logistique dite souveraine en France et en Europe. Son ambition est de devenir le numéro 2 européen de la livraison hors domicile.
Aujourd’hui, le groupe occupe la troisième place derrière InPost et DHL. Pour remonter, il prévoit de faire passer son réseau de points de retrait de 150.000 à 190.000, et ses volumes livrés dans le monde de 2,7 à 3,6 milliards de colis.
Le courrier continue de décrocher, bureau après bureau
C’est l’autre face du plan. Selon Marie-Ange Debon, la baisse du courrier fait perdre chaque année 500 millions d’euros de chiffre d’affaires au groupe. Le mouvement est massif, les volumes sont passés de 18 milliards de plis en 2008 à 5 milliards en 2025, et ils tomberaient à 3 milliards en 2031.
Du coup, La Poste veut passer d’une logique de présence systématique à un service jugé plus utile à la population. Le groupe compte 6.500 bureaux de poste et en a fermé environ 200 par an lors des trois dernières années. Sujet sensible, quand même.
Le service public reste le point de tension
En parallèle, le débat ne porte pas seulement sur la stratégie commerciale. À l’Assemblée nationale, un rapport présenté mercredi estime que les missions de service public de La Poste, du service universel postal à l’accessibilité bancaire, en passant par la presse et l’aménagement du territoire, souffrent d’une sous-compensation croissante par l’État.
Ses auteurs, les députés Jacques Oberti et Jean-René Cazeneuve, chiffrent le déficit global à plus d’un milliard d’euros et préviennent qu’à moyen terme, la viabilité de l’entreprise pourrait être en cause. C’est aussi pour cela que certains élus réclament une nouvelle loi postale. Derrière le plan 2031, on voit déjà se dessiner un arbitrage plus large, entre logique industrielle et service public.