En bref
- L’ADN se dégrade beaucoup trop vite
- Les dinosaures ont disparu il y a 65 millions d’années
- Le clonage façon Jurassic Park reste impossible
Entre 1,5 million d’années et 65 millions d’années, l’écart est trop grand. C’est ce qui enterre, ou plutôt réenterre, l’idée d’un retour des dinosaures. Même avec toute la fascination que continue d’exercer Jurassic Park, la biologie fixe ici une limite nette.
Un fossé de temps impossible à combler
L’idée est simple. Pour cloner un animal disparu, il faut un ADN lisible, donc exploitable. Or des chercheurs estiment qu’un brin devient totalement illisible au bout d’environ 1,5 million d’années. Les dinosaures, eux, ont disparu depuis environ 65 millions d’années.
Résultat, aucun matériel génétique récupéré sur un dinosaure ne pourrait servir de base sérieuse à un clonage. Même si la technique avait été imaginable, il aurait fallu intervenir bien plus tôt, à une époque où la science ne permettait évidemment rien de tel.
Ce que les chercheurs ont vraiment mesuré
L’étude, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, a été menée notamment par Michael Bunce, de l’université Murdoch en Australie, et Morten Allentoft, de l’université de Copenhague. Leur objectif, mesurer à quelle vitesse l’ADN se dégrade jusqu’à ne plus pouvoir être lu.
Pour y parvenir, l’équipe a travaillé sur 158 ossements de moas, ces grands oiseaux disparus. Les fossiles, conservés dans un sol à 13 degrés, avaient entre 600 ans et 8 000 ans. C’est à partir de cet ensemble que les scientifiques ont estimé qu’environ 50 % des liaisons chimiques de la double hélice disparaissent tous les cinq siècles.
Dit autrement, l’ADN ne tient pas assez longtemps. Et clairement, à l’échelle des dinosaures, ça ne laisse presque aucune marge.
Le mythe Jurassic Park bute sur la biologie
La fiction, elle, avait trouvé une parade élégante. Dans le roman de Michael Crichton, un moustique ayant bu le sang d’un dinosaure permettait de relancer la machine. Puis Steven Spielberg a transformé cette idée en phénomène mondial avec le film sorti en 1993, avant que le concept ne se prolonge en plusieurs volets.
Mais ce scénario reste un scénario. Les amateurs de T-Rex, de vélociraptors ou de tricératops devront s’en tenir aux livres, aux films et aux musées. Les paléogénéticiens gardaient encore une part de doute sur la durée réelle de conservation de l’ADN. Cette fois, la réponse paraît beaucoup plus solide.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi l’ADN devient-il illisible avec le temps ?
L’ADN est une molécule fragile. Avec les siècles, ses liaisons chimiques se cassent peu à peu. À force, l’information qu’il contient se fragmente tellement qu’elle ne peut plus être reconstruite de façon fiable.
Pourquoi les chercheurs ont-ils étudié des moas et pas des dinosaures ?
Les moas ont laissé des ossements bien conservés et beaucoup plus récents. Cela permet de mesurer concrètement la vitesse de dégradation de l’ADN sur des échantillons réels, puis d’en déduire ce que cela implique pour des espèces disparues depuis bien plus longtemps.
Le froid pourrait-il changer la donne ?
La conservation joue sur la vitesse de dégradation, oui. Mais ici, même avec des conditions favorables, on reste très loin des 65 millions d’années. Le problème n’est donc pas seulement la conservation, c’est surtout l’échelle de temps.
Cette étude ferme-t-elle totalement le débat ?
Elle ne change pas le goût du public pour les dinosaures, mais elle resserre fortement la fenêtre scientifique. Ce qu’elle montre, c’est que retrouver un ADN de dinosaure encore exploitable ne relève plus du plausible, mais de la fiction.