Incendies en France, la faune sauvage déjà frappée de plein fouet

Les feux qui ravagent la France menacent aussi durablement les animaux sauvages. Espèces piégées, fuite, intoxication, chaîne alimentaire touchée.

Terrier dans une terre noircie
Image d'illustration. Les habitats des animaux sont durablement touchés. — ADN

En bref

  • Plus de 116 000 hectares ont déjà brûlé
  • Reptiles, amphibiens et insectes restent souvent piégés
  • Les survivants affrontent fumées, faim et déplacements

Plus de 116 000 hectares ont déjà brûlé en France depuis le début de l’année, et les dégâts ne concernent pas seulement les forêts. La faune sauvage est elle aussi frappée de plein fouet par les incendies, notamment en Gironde, avec des pertes que plusieurs spécialistes jugent déjà majeures.

Un bilan encore flou, mais déjà jugé très lourd

L’ampleur précise des destructions sur les animaux reste difficile à mesurer à ce stade. Mais la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a dit anticiper lundi des pertes extrêmement importantes au sein de la faune sauvage.

Sur certaines zones dévastées, comme au Porge, l’ingénieur forestier de l’Office national des forêts, Laurent Tillon, estime que « rien ne peut résister » en matière de biodiversité. Il met en cause la puissance des feux et l’énergie dégagée, trop élevées pour laisser une chance à une partie du vivant. Résultat, une coupure nette entre les espèces capables de partir vite et celles qui restent sur place.

Les espèces les moins mobiles paient le prix fort

Les reptiles, les amphibiens et beaucoup d’insectes n’ont souvent pas le temps de fuir quand le feu progresse rapidement. C’est là que les pertes peuvent être les plus brutales.

Parmi les espèces citées par plusieurs experts figurent le pélobate cultripède, amphibien présent sur le pourtour méditerranéen et la côte atlantique, le lézard ocellé, l’un des plus grands lézards d’Europe, ou encore le pachyure étrusque, présenté comme le plus petit mammifère du monde.

À Paris, l’ornithologue Grégoire Loïs, du Muséum national d’histoire naturelle, alerte aussi sur le sort des insectes vivant dans le bois, surtout à l’état de larve et quand leur cycle s’étale sur plusieurs années. Et le problème ne s’arrête pas au passage des flammes. Il prévient que, l’an prochain, le territoire pourrait devenir complètement inhospitalier pour les passereaux qui se nourrissent d’insectes, avec un effet direct sur la chaîne alimentaire.

Fuir ne suffit pas toujours à survivre

Les animaux plus rapides peuvent échapper au front de feu, mais ils ne sortent pas du danger pour autant. Grégoire Loïs rappelle qu’un chevreuil ou un cerf peut franchir une barrière de deux mètres d’un bond. En pleine panique, ils deviennent aussi plus exposés aux collisions avec les voitures ou les trains.

D’autres mortalités, dites secondaires, menacent ensuite les survivants. Céline Sissler-Bienvenu, experte en protection animale et gestion de crise, cite l’intoxication aux fumées et les particules plastiques respirées par les oiseaux. Elle doit se rendre mardi à Mezos, dans les Landes, pour aider les pompiers à protéger les animaux.

Pour les milieux aquatiques et marins, les cendres et les retombées de molécules toxiques sont aussi pointées comme très nocives. Céline Sissler-Bienvenu évoque notamment la Cistude d’Europe, une tortue déjà touchée par des incendies proches en 2022. Et pour les animaux qui survivent, une autre difficulté commence, trouver une place sur des territoires déjà occupés, avec des ressources limitées.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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