En bref
- La fumée des feux touche tout le corps
- Aucun seuil d’exposition sûr ne se dégage
- Le risque persiste après la brume visible
On voit la brume, on sent la gorge qui pique, et on pense d’abord aux poumons. Le problème est plus large. Les fumées d’incendies de forêt transportent des polluants capables d’atteindre le cœur, le cerveau et, chez certaines personnes, la grossesse elle-même.
À Toronto, un enfant observait cette semaine la ville brouillée depuis la CN Tower. Plus au sud, à Washington, des soldats de la garde nationale circulaient près du National Mall dans un air assombri, pendant que des habitants remettaient un masque. Ces scènes deviennent presque habituelles avec les fumées venues des feux canadiens.
La fumée ne s’arrête pas aux voies respiratoires
Ce nuage ne contient pas qu’une simple odeur de brûlé. On y retrouve notamment des PM2.5, du dioxyde d’azote, de l’ozone, des hydrocarbures aromatiques et du plomb. Ces particules irritent les yeux, le nez et la gorge, puis descendent profondément dans les poumons, où elles compliquent la respiration et peuvent les endommager.
Mais ce n’est qu’un début. Les plus petites particules peuvent ensuite passer dans le sang, avec des effets qui continuent après la disparition du voile gris.
Cœur, cerveau, grossesse: les signaux d’alerte s’accumulent
Dans une étude publiée par l’European Heart Journal, des chercheurs ont observé qu’une exposition chronique aux PM2.5 des feux augmente le risque d’AVC chez les personnes âgées. Yang Liu, spécialiste en santé environnementale à Emory University, explique que tout le corps est touché et que cette fumée provoque un stress oxydatif qui aggrave ou accélère certaines maladies.
Les travaux disponibles évoquent aussi davantage de crises cardiaques, d’autres problèmes cardiovasculaires et une hausse des crises de santé mentale. L’exposition prolongée est également associée à des maladies chroniques, dont certaines maladies auto-immunes, et à certains cancers.
Pendant la grossesse, le risque de naissance prématurée et de faible poids de naissance augmente. D’autres signaux, plus discrets, inquiètent aussi les chercheurs, avec des pistes autour des troubles cognitifs, du brouillard mental et d’un lien avec la dépression.
Pourquoi cette pollution peut être encore plus toxique
Quand le feu atteint une ville ou une zone bâtie, la composition de la fumée change. Aubrey Miller, expert des catastrophes environnementales aux National Institutes of Health, rappelle qu’il ne s’agit alors plus seulement de végétation brûlée, mais aussi de plastiques, de métaux lourds ou encore d’arsenic.
Résultat, le mélange devient plus complexe et potentiellement plus dangereux, même à plusieurs centaines de kilomètres.
Une exposition de plus en plus large, sans seuil vraiment sûr
Selon le National Interagency Fire Center, plus de 3,8 millions d’acres ont déjà brûlé aux États-Unis cette année. Et la surface annuelle brûlée y est désormais plus de deux fois supérieure à celle d’il y a trente ans.
Les chiffres sanitaires suivent la même pente. Une étude publiée en 2025 dans Nature, menée notamment à Stanford University, estime que 1,9 million de décès supplémentaires liés aux fumées de PM2.5 pourraient survenir entre 2026 et 2055. Une autre, parue cette année dans Science Advances, avance une estimation prudente de plus de 24 100 morts par an dans les États-Unis contigus entre 2006 et 2020, pour la seule exposition de long terme.
Pour Yang Liu, aucun seuil sûr évident ne se dégage. Même une fumée dite modérée, si elle revient souvent, peut donc compter.
Ce que recommandent les spécialistes pendant un épisode de fumée
Il existe quand même des moyens de limiter l’exposition. Les spécialistes conseillent de rejoindre un lieu à air propre, comme un refuge dédié ou une bibliothèque, de porter dehors un masque de bonne qualité, même imparfait, et de vérifier que fenêtres, portes et systèmes de ventilation empêchent bien l’air extérieur d’entrer.