En vingt ans, la fortune des ultra-riches a explosé : décryptage

Image d'illustration. Pile d'argentADN
En deux décennies, la fortune des ultra-riches a connu une croissance spectaculaire. Des données et graphiques récents permettent de mieux saisir l’ampleur de cette évolution et d’analyser les dynamiques derrière l’accroissement des inégalités de richesse.
Tl;dr
- Revenus des 0,1 % les plus riches ont explosé.
- Diversification accrue des sources de revenus chez les ultrariches.
- Taux d’imposition moyen en baisse malgré une contribution forte.
Des inégalités qui se creusent au sommet
Depuis deux décennies, la question de la fiscalité des ultrariches cristallise l’attention, alimentée ces derniers temps par le projet de « taxe Zucman » et les débats houleux à l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, une récente étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) met en lumière une évolution saisissante : le revenu moyen du fameux 0,1 % le plus aisé – soit environ 40 700 foyers en 2022 – a bondi de manière spectaculaire. Désormais, ces foyers gagnent en moyenne 167 fois plus que le quart des ménages les plus modestes. Un écart qui ne cesse de s’élargir, notamment parce que l’impôt n’a pas contenu cette envolée – bien au contraire.
Portrait-robot : qui sont ces « super-riches » ?
Si l’on dresse le profil type du super-riche français, il s’agit majoritairement d’un homme âgé d’une cinquantaine d’années ou plus, résidant à Paris ou en Île-de-France, marié ou pacsé et exerçant souvent un métier prestigieux. Parmi les cent métiers les mieux rémunérés, les sportifs professionnels occupent une place prépondérante (36 %), devant les experts en services financiers ou le conseil en gestion.
Les caractéristiques des ultrariches diffèrent également par leurs sources de revenus :
- Seulement 38 % issus de salaires ou retraites ;
- Près de la moitié (47 %) proviennent des capitaux mobiliers ;
- 11 % relèvent des bénéfices professionnels ;
- 3 % tirés des revenus fonciers.
En comparaison, pour la majorité des Français, près de 90 % du revenu dépend encore du travail ou de la pension.
L’explosion des revenus et ses moteurs
Entre 2003 et 2022, le revenu moyen des très hauts revenus a progressé de +119 %, contre seulement +46 % pour le reste des foyers. Ce boom s’explique largement par la montée fulgurante des gains issus du capital : la part du capital mobilier dans leurs ressources totales est passée de 26 à 47 %. En revanche, leur part liée aux bénéfices professionnels a chuté (de 28 à 11 %), signe d’une évolution profonde dans la structure patrimoniale des fortunes françaises.
Baisse relative du taux d’imposition moyen
L’étude souligne enfin que si ces ménages contribuent à hauteur de 13 % au total de l’impôt sur le revenu (pour seulement 3,1 % du total des revenus fiscaux), leur taux moyen d’imposition a reculé : il atteignait encore 29,2 % en 2003 contre seulement 25,7 % en 2022. Cette évolution trouve son origine dans plusieurs réformes fiscales majeures – parmi lesquelles la réduction du nombre de tranches et l’introduction du prélèvement forfaitaire unique (« flat tax ») sur les revenus du capital.
À travers ce prisme statistique inédit, c’est tout un pan méconnu, mais déterminant, de la société française qui apparaît : celui où se jouent désormais les enjeux brûlants autour du partage des richesses et du rôle redistributif – ou non – de l’impôt.