En Colombie, la justice fait retirer des vidéos choc du pouvoir

La présidence colombienne a supprimé de Meta des vidéos montrant des cadavres près du chef de l’État. Une mesure provisoire qui fragilise déjà le pouvoir.

Logo Meta refermé sur la carte colombienne
Image d'illustration. La justice colombienne vise des vidéos retirées. — ADN

En bref

  • La justice colombienne impose un retrait provisoire.
  • Les vidéos montraient des cadavres près du président.
  • Le contenu reste visible sur X.

La présidence de Colombie a retiré de ses comptes sur Meta plusieurs vidéos montrant Abelardo de la Espriella au milieu de corps de présumés criminels tués par les forces de l’ordre. Cette suppression répond à une décision de justice, prise quelques jours seulement après la publication des séquences.

Une décision de justice qui force le pouvoir à reculer

Une juge a ordonné en début de semaine de masquer temporairement ces contenus, diffusés les 2 et 4 septembre sur les comptes officiels de la présidence sur Instagram et les autres réseaux du groupe Meta. Les images montraient des morts placés dans des sacs blancs, pendant que le président circulait à proximité.

La mesure est provisoire. Elle restera en vigueur jusqu’à ce qu’un tribunal tranche sur le fond, c’est-à-dire sur le caractère violent, ou non, de ce contenu. La magistrate a estimé, en substance, qu’il était possible de rendre compte d’opérations de sécurité sans ajouter à la violence et à la cruauté déjà présentes dans le pays.

Des images au cœur de la stratégie sécuritaire du président

Ces vidéos ne tombent pas de nulle part. Abelardo de la Espriella, arrivé au pouvoir il y a un mois, a été élu sur une promesse de confrontation directe avec le crime organisé. Sa ligne est claire, très dure, avec un appui des États-Unis, principal partenaire militaire de la Colombie.

Le chef de l’État veut frapper les groupes criminels qui vivent notamment du trafic de drogue, de l’extorsion et de l’activité minière illégale. Dans cette logique, la communication présidentielle cherche aussi à montrer la fermeté du pouvoir. C’est précisément ce choix de mise en scène qui se retrouve aujourd’hui contesté devant la justice.

Des bombardements déjà contestés

Depuis son entrée en fonction, l’armée colombienne a mené trois bombardements en Amazonie et près de la frontière avec le Venezuela. Bilan annoncé, au moins 42 morts, dont six mineurs.

Et ce dossier arrive après un autre revers judiciaire. La semaine précédente, un tribunal a ordonné au gouvernement de suspendre les frappes contre des camps de guérilleros dans le département du Guaviare, dans le sud, si des informations faisaient état d’une possible présence de mineurs enrôlés.

Retirées de Meta, toujours visibles sur X

Le retrait n’est donc que partiel. Si les vidéos ont disparu des plateformes de Meta, elles restent accessibles sur X, à la fois sur les comptes officiels de la présidence et sur ceux du président.

L’une d’elles a même été épinglée sur le compte personnel de Abelardo de la Espriella. Résultat, la décision judiciaire freine la communication du pouvoir, sans l’effacer totalement pour l’instant.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

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