En bref
- Mélenchon vise jusqu’à 635 milliards d’euros effacés
- La part liée à la BCE paraît très difficile
- Le bénéfice économique est jugé très limité
Effacer plusieurs centaines de milliards d’euros de dette, sur le papier, l’annonce frappe. Mais derrière la formule avancée par Jean-Luc Mélenchon, la vraie question est plus simple: qu’est-ce que cela changerait, concrètement, pour les finances françaises ? Et là, le tableau se complique vite.
Une promesse massive, mais sur une part limitée de la dette
Le chef de file de La France insoumise, candidat déclaré pour la présidentielle de 2027, veut supprimer entre 600 et 635 milliards d’euros de dette publique. Cela correspond à la part détenue par la Banque de France, soit environ 18 à 20 % de la dette totale.
L’idée a été soutenue publiquement par Matthieu Pigasse, qui a affirmé lors de l’université d’été de La France insoumise qu’une annulation de la dette publique pouvait se faire sans impact économique ni financier.
Côté BCE, Paris ne pourrait pas décider seul
Une partie de la dette française relève aussi de la Banque centrale européenne. Sur ce terrain, la marge de manœuvre française paraît très faible. Pour Stéphanie Villers, conseillère économique chez PwC France, une telle décision semble très compliquée.
La raison tient au cadre de la zone euro. Paris ne pourrait pas agir seul et devrait obtenir l’accord des autres pays utilisant l’euro. Or la situation budgétaire française ne plaide pas en sa faveur. Selon les chiffres cités, 14 pays sur 21 sont sous le seuil des 3 % de déficit, et quatre affichent même un excédent budgétaire. La France, avec 5,1 %, fait partie des plus mauvais élèves, juste derrière la Belgique à 5,2 %.
Le cas pourrait être différent dans une crise touchant toute l’Europe, comme pendant le Covid, quand la BCE avait racheté de la dette de pays fragiles, notamment l’Italie ou la Grèce. Mais ici, il s’agirait d’un problème considéré comme spécifiquement français.
La Banque de France, une piste possible mais sans gain réel
Reste donc la dette détenue par la Banque de France. Pour Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques, l’opération paraît techniquement possible. Sauf que son effet serait, en gros, très faible.
Pourquoi ? Parce qu’en effaçant cette dette, l’État effacerait aussi son remboursement futur, y compris les intérêts qui devaient revenir au Trésor. Un jeu à somme nulle, selon l’économiste. Le principal effet serait symbolique, avec une dette repassant sous les 100 % du PIB. Mais cette symbolique serait jugée peu utile, tout en retirant un actif à la Banque de France.
Le vrai risque, selon les économistes cités, serait ailleurs
Ce n’est pas tout. Modifier ainsi les règles pourrait nourrir une défiance des marchés et des partenaires européens. Stéphanie Villers prévient que ce type de signal peut entamer la crédibilité française vis-à-vis des investisseurs comme des Vingt-Sept.
Et surtout, la situation actuelle ne ressemble pas à une crise de la dette. Le spread, c’est-à-dire l’écart entre les taux français et ceux de pays jugés très sûrs comme l’Allemagne ou le Danemark, se situe entre 0,8 et 0,9. Rien à voir avec 2012, quand l’Italie était à 5,5 et l’Espagne à 6,5. Bref, l’idée existe, mais son utilité réelle, elle, reste loin d’être démontrée.