En bref
- The Odyssey prolonge clairement Oppenheimer.
- Les deux films misent sur des récits fragmentés.
- La culpabilité relie Odysseus à Oppenheimer.
Sur le papier, difficile de faire plus éloigné qu’Oppenheimer et The Odyssey. Un biopic historique très dialogué d’un côté, l’adaptation d’un mythe fondateur de l’autre. Et pourtant, le nouveau film de Christopher Nolan renvoie presque sans arrêt à son précédent. C’est là que ça devient intéressant.
Deux films qui n’auraient pas dû se ressembler
Quand Christopher Nolan s’est attaqué à Oppenheimer, beaucoup y voyaient déjà un pas de côté, même après Dunkirk. Le film paraissait loin du spectaculaire qui colle souvent à son cinéma. À l’arrivée, il exposait au contraire ses obsessions avec une netteté assez folle.
Même surprise avec The Odyssey. Une adaptation d’Homère pouvait laisser attendre un simple grand récit d’aventure et de vengeance autour d’Odysseus. Le film choisit autre chose, un portrait plus nuancé d’une figure historique et légendaire, avec un vrai poids moral. Bref, un cousin bien plus proche d’Oppenheimer qu’on ne l’imaginait.
Le récit compte autant que les faits
Chez Nolan, la structure n’est jamais un gadget. On l’a vu dans Following, Memento, The Prestige, mais ici le rapprochement le plus clair reste avec Oppenheimer. Là où ce dernier avançait par souvenirs, explications et témoignages, The Odyssey se construit par récits racontés à d’autres personnages.
Le meilleur exemple, c’est l’histoire du cheval de Troie. D’abord, un barde incarné par Travis Scott en livre une version très large, presque héroïsante. Puis Telemachus, joué par Tom Holland, entend le récit de l’intérieur par Menelaus, incarné par Jon Bernthal, avec plus de détails mais toujours une bonne dose de fierté guerrière. Enfin, la version d’Odysseus, joué par Matt Damon, apporte la plus grande part de vérité brutale. Pas une vérité totalement objective pour autant.
Des héros brillants, mais rongés par la faute
Le vrai lien entre les deux films est là, dans la culpabilité. Oppenheimer vit avec l’idée d’avoir contribué à un outil capable de condamner le monde. Sa faute tient autant à la réalité qu’à la peur du futur. Odysseus, lui, estime avoir transgressé la loi d’honneur de Zeus avec le stratagème de Troie.
La différence est nette. Oppenheimer est accusé à tort de trahison, alors qu’Odysseus voit partout les preuves de sa propre faute. Le film s’ouvre d’ailleurs sur « Une époque de magie apparente », ce qui ancre son monde dans la croyance aux dieux et à leur châtiment. Le sac de Troie y prend presque la forme d’un péché originel.
Pourquoi cette comparaison compte vraiment ?
Ce face-à-face éclaire le cinéma de Christopher Nolan. D’un côté, Oppenheimer pousse vers un horizon très sombre, dominé par la certitude scientifique que la destruction reste possible, voire probable. De l’autre, The Odyssey laisse une porte entrouverte.
Parce que The Odysseus croit encore au retour, à une forme d’absolution, à la possibilité de retrouver une maison au sens propre comme au sens moral. Et c’est sans doute ce qui rend ce duo aussi fort. Le second film ne répète pas le premier, il lui répond.